Ce matin-là, il s'est réveillé allongé sur le lit, le caleçon minutieusement découpé aux ciseaux. La demande était saugrenue, presque inquiétante: "Venez en caleçon Lycra gris clair, avec des socquettes bleu marine. Et restez muet." Dans sa vie d'escort boy, David*, 33 ans, n'avait jamais autant appréhendé un rendez-vous. Il était davantage habitué à jouer le rôle de compagnon que celui de cobaye sexuel.

"Un jour, une femme de 42 ans m'a payé 1400 euros le week-end pour descendre les gorges de l'Ardèche en kayak, se souvient-il. Elle venait de divorcer. Je lui ai redonné confiance." A l'écouter, son métier d'escort tient du service à la personne. Séminaires, dîners d'affaires, mariages, les clientes cherchent avant tout une compagnie... quitte à payer très cher la séance de cinéma. 300 euros, c'est la somme que reçoit Jonathan pour se faire une toile. "Cette femme cherchait juste de l'affection. Blottie contre moi, elle voulait partager du pop-corn en amoureux."

Loin de l'image d'Epinal de la cougar peroxydée, les femmes qui recourent aux escorts ne sont pas en manque de prétendants. Accaparées par leur travail ou trop attachées à leur vie de famille pour se lancer les yeux fermés dans les méandres d'une aventure sentimentale, elles préfèrent l'amour sans attaches. Entre 35 et 50 ans, cadres ou chefs d'entreprise, elles s'offrent désormais sans tabou un amant sur mesure. "J'ai des enfants, un mari, des amis, je n'ai aucune envie de changer de vie", avertit Chantal, qui voit son escort, Nicolas, depuis six mois. Avec un salaire de 15 000 euros, elle peut se permettre de le payer 1000 euros, une à deux fois par mois.

Avec lui, elle a l'assurance de passer une soirée qui corresponde à ses attentes. Comment a-t-elle trouvé son chevalier servant? Photo de profil, texte de présentation, échanges d'e-mails, elle a visité méthodiquement les sites de rencontre qui fleurissent sur le Net. Les fautes d'orthographe sont rédhibitoires. "Il faut être à l'écoute, se conduire en gentleman, avoir de la conversation. Le but: devenir irremplaçable", détaille Nicolas, qui ne ressemble ni à un chippendale, ni à James Bond.

Une ligne blanche à ne pas franchir

Ce que veulent les clientes? Des hommes ordinaires. Kiné, éducateur spécialisé ou Web designer, ils gagnent de 1500 à 5000 euros par mois. A cela s'ajoute ce que leur rapporte leur activité d'escort. Cet argent sert à améliorer le quotidien ou à réaliser leurs rêves. David veut acheter une maison à la montagne. Pas question pour autant de vendre ses services ad vitam aeternam. S'ils rencontrent l'âme soeur, tous le disent, ils arrêteront. Peu importent leurs clientes.

"Elle a donné mon numéro à ses amies, mais veut rester prioritaire", confie Nicolas, amusé par la réaction de Chantal, consciente, elle aussi, du paradoxe de leur idylle. "Nous sommes très proches. On se confie beaucoup. C'est une liaison dangereuse." Pour les escorts comme pour leurs habituées, il existe une ligne blanche à ne pas franchir. Lorsque nous avons demandé à David de nous mettre en contact avec une cliente régulière, il a refusé tout de go: "Si je la présentais en tant que ''cliente'', elle me poignarderait!" Quand il a quitté le sud de la France pour s'installer à Paris, elle lui a avoué: "Je suis amoureuse de toi."