La Fédération des conseils de parents d'élèves (FCPE), qui, lors de sa création en 1947, s'était engagée à "propager l'idéal laïque" et à "resserrer les liens indispensables entre les parents et les enseignants" tournerait-elle le dos à son histoire ? Certains de ses adhérents, à l'initiative de l'"appel du 2 avril", s'en inquiètent. Cette tribune dénonce une "focalisation" de l'association sur les questions identitaires. Un tournant qui interpelle les auteurs de ce texte, dans un contexte où "l'offensive de l'islam politique et les remises en cause de la laïcité par les intégrismes religieux conduisent chaque jour les enseignants à perdre du terrain". L'appel a recueilli plus de 2 300 signatures à ce jour.

La démarche vise, en creux, certaines prises de position des membres du bureau national, en particulier celles de Rodrigo Arenas, le coprésident de la FCPE. Dans un communiqué interne, ces derniers se disent surpris "de constater que des membres du parti socialiste, du Grand Orient de France, ou encore d'associations d'utilité publique, et se revendiquant comme tels, affichaient clairement leur tentative d'entrisme à la FCPE". Ils ne souhaitent pas répondre à ce qu'ils considèrent comme une "polémique stérile". Et ferment la porte au débat. "C'est dommage, car le but de notre démarche était d'avoir enfin des réponses à nos questions !" s'exclame Xavier Schneider, président du conseil départemental FCPE du Bas-Rhin.

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Ce conflit oppose, comme dans de nombreuses associations historiquement proches de la gauche, les tenants d'une ligne universaliste aux soutiens d'une stratégie de défense vigoureuse de certaines communautés. Le premier désaccord remonterait à la campagne électorale de 2019, à l'occasion de laquelle une affiche de la FCPE montrait une jeune femme voilée, portant le message : "Oui, je vais en sortie scolaire, et alors ? La laïcité, c'est accueillir à l'école tous les parents sans exception". "Une forme de clientélisme qui n'avait pas lieu d'être", estime Philippe Noury, vice-président de l'union locale des VIIIe et XVIIe arrondissements parisiens. "La majorité de nos adhérents n'a pas d'objection à ce que des mamans voilées accompagnent des enfants en sortie scolaire. Le problème n'était pas là", développe une élue FCPE du IXe arrondissement. "Mais nous trouvions que cette affiche politisait inutilement le débat. La démarche a surtout été perçue comme une atteinte morale à la laïcité, qui est au coeur de notre ADN", poursuit la jeune femme.

L'affaire Mila, lycéenne menacée de mort après avoir critiqué l'islam sur les réseaux sociaux, a également engendré des divisions internes. "Le rôle de la FCPE est de défendre les élèves et leurs familles. Plutôt que de nous taire, nous aurions dû lui manifester notre soutien", estime Xavier Schneider. L'attentat contre Samuel Paty a rendu plus criant encore ce besoin de faire bloc pour aider tous les acteurs de l'école à faire face aux pressions grandissantes. Sandrine Bernard, présidente du conseil local FCPE Rosa Parks à Ivry-sur-Seine (Val-de-Marne), par ailleurs élue PS, insiste sur le travail de médiation de l'association qui devrait interdire aux parents d'élèves "de se faire les porte-parole de revendications catégorielles".

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Les membres du "Collectif du 2 avril" regrettent aussi que la direction de la FCPE n'hésite pas à poursuivre en justice ses contradicteurs. Ils font notamment référence à l'attaque en diffamation intentée par Rodrigo Arenas contre Jean-Pierre Obin (la FCPE a également annoncé, en décembre dernier, son intention de porter plainte contre Anne Rosencher, directrice déléguée de L'Express). Dans son livre Comment on a laissé l'islamisme pénétrer l'école, l'ancien inspecteur général de l'Education nationale soutient que la FCPE est entrée dans "l'orbite islamo-gauchiste" et accuse son coprésident d'avoir "donné des gages aux islamistes" sur lesquels il s'appuyait lorsqu'il était responsable de la fédération en Seine-Saint-Denis. "L'argent des adhérents ne doit pas être utilisé pour mener, sans aucune consultation préalable, ce genre de procès. Procès que nous avons d'ailleurs perdu", estime Philippe Noury.

Si la FCPE, forte de ses 300 000 affiliés, reste la première fédération de parents d'élèves de France, ses choix pourraient finir par lui nuire. "Nous ne voulons pas nous Unefiser", résume une élue parisienne, en référence aux dissensions qui traversent le syndicat étudiant, comme c'est le cas pour d'autres organisations de gauche. L'appel du 2 avril réaffirme la mission première de la FCPE : "Favoriser l'émancipation de chaque élève, qu'il ait grandi dans une famille croyante ou athée, de gauche ou de droite, riche ou modeste". Des valeurs longtemps évidentes et aujourd'hui menacées, sous l'effet des débats virulents qui traversent toutes les organisations progressistes.

Quelques dates

1947 : Création de la FCPE

2019 : Affaire de l'affiche de campagne mettant en scène une mère accompagnatrice voilée

2021 : "Appel du 2 avril" de certains de ses adhérents