C'est une (petite ?) entreprise qui ne connaît pas la crise : depuis le début de la pandémie, les cabinets de médecine esthétique ne désemplissent pas. Selon les professionnels du secteur, les demandes de consultations auraient même explosé de 20 à 30% en 2020. Une tendance confirmée début 2021 par l'augmentation des ventes de produits injectables, comme le Botox ou l'acide hyaluronique : Galderma, leader du secteur en France, assure ainsi une croissance de "plus de 30%" de ses ventes sur les trois premiers mois de l'année.

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"Les gens ont enfin le temps de prendre soin d'eux, et bénéficient d'une manne financière inattendue grâce à la fermeture des lieux culturels et des restaurants", décrypte Maxence Delmas, directeur business du groupe. Surtout, la lassitude des derniers mois est venue peser sur le moral des Français, qui sautent parfois le pas "après des mois d'hésitation", témoigne Tracy Cohen-Sayag, directrice générale de la très médiatique Clinique des Champs-Élysées, à Paris.

La dysmorphophobie

Cernes marqués, rides visibles, acné, profil "trop épais" ou lèvres "mal dessinées"... Durant les deux mois suivant le confinement, sa structure a enregistré une augmentation de plus de 40% des demandes de consultations - dont 80% de nouveaux patients. "Avec le télétravail, la plupart des gens sont exposés quotidiennement au reflet du miroir et des caméras sur Zoom. Et parfois, ils ne se supportent plus", explique la spécialiste. Une image omniprésente, qui devient, pour certains, une véritable source de mal-être.

Selon le psychiatre Dan Velea, spécialiste des cyber-addictions, ce phénomène porte même un nom : la dysmorphophobie. Cette non-acceptation de soi, générée par des imperfections "que le patient peut s'inventer ou dramatiser", se cristallise notamment lors des périodes d'isolement, ou lors d'une surexposition à un reflet non modifié par les filtres artificiels des réseaux sociaux. Et puisque ces irrégularités peuvent désormais être corrigées en quelques injections, "les patients ne se privent plus", constate Dan Velea. Quitte à consulter, parfois, pour des défauts qu'ils n'auraient auparavant jamais remarqués.