Les mots ont-ils le même sens pour le député Aurélien Taché que pour le commun des mortels ? A décrypter son message politique, souvent contradictoire, parfois paradoxal, ce n'est pas si sûr. Aussi, pour comprendre sa politique, prêter foi à son discours s'avère trompeur. Dis-moi plutôt qui tu attaques, je te dirais qui tu es.
Aurélien Taché se présente comme un homme de gauche, universaliste, au service de la "jeunesse" et de "nos concitoyens issus de la diversité", et cerise sur le gâteau, il combattrait même l'islamisme. Dans les faits, le député combat surtout ceux qui combattent l'islamisme, les universalistes laïques, et ne défend la "jeunesse" que dans ses affirmations identitaires ou raciales.
A lire sa récente interview dans L'Express, on comprend aisément pourquoi. Aurélien Taché, de son propre aveu, est un "décolonial". L'entretien consacré à la critique du dernier livre de Caroline Fourest Génération Offensée pourrait être résumé en un mot : c'est une "réactionnaire". Invariablement, celui que le président de la République consulte sur les affaires de laïcité réduit ad fascismum toutes les voix dénonçant les dérives du religieux, surtout lorsqu'elles sont universalistes et de gauche comme Caroline Fourest.
Manichéen ? Aurélien Taché s'en défend. Pourtant, pour lui, soit on accepte les expressions politico-religieuses dans les termes défendus par leurs militants - comme le voile, dont il est un fervent partisan-, soit l'on est réactionnaire, facho donc.
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Le concept de race a été invalidé par la science voilà un siècle
Depuis son coming out "décolonial" - dénoncé par de nombreux députés LREM comme une dérive idéologique à laquelle ils ne souhaitent pas que leur parti soit associé - on comprend mieux pourquoi. Exclure Caroline Fourest, féministe, laïque, antiraciste et militante LGBT du progressisme, comme l'a fait Aurélien Taché sans ménagement, nous renseigne sur le progressisme auquel Taché fait référence : le progressisme racialiste, exactement celui que prônent les décoloniaux.
Ils sont en effet les seuls à réintroduire la notion de race dans le débat public en France - même le RN y a renoncé -, alors que le concept de race a été invalidé par la science voilà un siècle, et le mot rayé depuis de notre Constitution.
"Je ne pense pas que Monsieur Taché ait lu mon livre". Caroline Fourest a raison d'en douter, car Aurélien Taché ne donne pas l'impression non plus d'avoir lu cette "pensée" décoloniale à laquelle il tente de refaire une virginité, et pourquoi pas, de l'introduire dans l'hémicycle par la grande porte de la majorité parlementaire, alors qu'elle n'y siégeait jusque-là que grâce à quelques députés LFI contaminés par de la camelote idéologique made in USA.
"On peut défendre la pensée décoloniale sans être taxé d'indigénisme", nous apprend Aurélien Taché. Sans doute au même titre qu'il serait possible de défendre le salafisme sans être taxé d'islamisme, ou de défendre le monarchisme sans être taxé de royalisme.
"Taché est un saboteur de la laïcité, comme tous les indigénistes"
Lorsqu'il affirme : "Notre société reste très méfiante à l'égard d'une autre forme de liberté ou d'émancipation, liée aux questions religieuses par exemple", Aurélien Taché verse carrément dans l'aporie. La liberté, devise de la République française et valeur fondatrice des Lumières, transcende ces "questions religieuses" sur lesquelles le député prend le soin de rester vague. La liberté est à la fois garante du droit d'avoir une religion et de l'exercer dans le respect de la liberté d'autrui, mais elle est surtout une protection lorsque la religion tend à soumettre ses ouailles à une autorité divine qui ne rend des comptes qu'au ciel.
L'islam, religion qu'Aurélien Taché courtise avec assiduité, se dit en français : soumission. Le contraire donc de la liberté. Quant à l'émancipation, étymologiquement du latin : emancipare, acte d'affranchir l'esclave, est par extension tout ce qui élève l'individu au rang d'être libéré de la tutelle de la communauté, du père, du maître.
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En islam, l'humain, uniquement perçu comme créature et dévot d'Allah, se dit Abd, esclave. Nulle émancipation donc par le religieux, mais seulement par la devise républicaine "Liberté, Égalité, Fraternité", que la "pensée" décoloniale promue par Aurélien Taché bafoue allègrement en classifiant les humains par segments raciaux éternellement victimes ou coupables, auxquels est niée de fait la liberté de s'émanciper des atavismes ancestraux, fussent-ils fantasmés par Aurélien Taché et ses acolytes indigénistes.
Ne leur en déplaise, être noir, blanc, jaune ou rouge n'est pas une "identité" mais une caractéristique physique. Quant à la religion, libre à chacun d'en avoir une en République (ce n'est pas le cas en théocratie), mais lorsque l'on a une religion, cela ne signifie pas que l'on est sa religion.
L'oeuvre du député Aurélien Taché, c'est une tentative avortée de fomenter une réforme de la loi de 1905, rien que pour les beaux yeux de l'islam, et une mosquée salafiste inaugurée en septembre 2018 à Jouy-le-Moutier. Son discours policé et son allure de genre idéal ne trompent personne, Aurélien Taché est un collabo de l'islamisme et un saboteur de la laïcité, comme tous les indigénistes, qu'ils disent leur nom ou qu'ils préfèrent comme lui enrober leur idéologie différentialiste dans des concepts universitaires creux, faits de pseudoscience et de compétition victimaire.
