La sécurité, thème majeur de la prochaine élection présidentielle, était au coeur du programme d'Emmanuel Macron ce lundi. Le président-candidat, empêtré dans une polémique après ses propos sur les non-vaccinés, s'est rendu en déplacement dans l'ex-hôpital Saint Roch de Nice, site d'un futur "hôtel des polices" à 220 millions d'euros prévu pour décembre 2025. L'occasion pour le quasi-candidat de défendre son bilan et ses projets au-delà de 2022 sur ce thème, sur lequel la droite est également très attendue.

"Nous avons ces cinq dernières années, conformément à l'engagement que j'avais pris, réinvesti dans notre sécurité", a-t-il lancé devant des élus, des associations, des membres de forces de l'ordre et des habitants. "Il y a un droit à la vie tranquille et qu'on ne cède rien devant quelques incivilités, que ce soit, encore faut-il y mettre les moyens", a-t-il lancé, rappelant les 10 000 créations de postes dans les forces de l'ordre depuis 2017.

Voici ce que le chef de l'Etat a également proposé.

Une hausse du budget de 15 milliards d'euros

Emmanuel Macron a promis ce lundi que le budget de la sécurité serait accru de 15 milliards d'euros sur cinq ans, dans le cadre de la "loi d'orientation et de programmation du ministère de l'Intérieur" (Lopmi). Soit une hausse de 25% sur le budget actuel.

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Concrètement, le budget du ministère serait augmenté d'un milliard la première année, de deux la deuxième année et ainsi de suite jusqu'à cinq milliards de plus la cinquième année, de sorte que le total atteindrait 15 milliards à la fin de la Lopmi.

Mais ce projet de loi, qui sera présenté en mars au Conseil des ministres, ne devrait être voté qu'après l'élection présidentielle.

Un doublement des effectifs policiers sur le terrain d'ici 2030

Emmanuel Macron a indiqué vouloir "doubler les policiers sur le terrain d'ici 2030". Cette mesure viendra en complément de la création des 10 000 postes de forces de l'ordre depuis le début du quinquennat.

Il a expliqué lundi que pour parvenir à cet objectif au cours des cinq prochaines années, la loi d'orientation et de programmation du ministère de l'Intérieur (Lopmi) mettrait "un terme aux tâches indues", comme la garde des bâtiments publics, le transfert des détenus, la police des audiences, etc. Au total, cela devrait permettre de dégager "3500 policiers et gendarmes" pour les mettre sur la voie publique.

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En outre, Emmanuel Macron a annoncé une accélération du dégagement des policiers et gendarmes des tâches administratives. "Il n'y aura plus, a-t-il dit, à compter de 2023 un seul de ces personnels actifs dans les fonctions de contrôle administratif à nos frontières ou de gestion des centres de rétention administrative (CRA)". "Cela nous permettra de remettre pas moins de 3000 agents sur la voie publique", a-t-il estimé.

Selon des sources concordantes, par exemple, il n'y aura plus de policiers dans l'aéroport de Roissy ni dans celui d'Orly pour contrôler les passeports, mais des personnels administratifs.

Enfin, Emmanuel Macron a par ailleurs annoncé le doublement en cinq ans des enquêteurs dédiés aux violences intrafamiliales, portant le nombre à 4000 enquêteurs.

Création de 200 brigades de gendarmerie et d'une "force d'action républicaine pour les quartiers"

Du côté de la gendarmerie, Emmanuel Macron s'est engagé à la création de 200 brigades de gendarmerie en milieu rural et d'une "force d'action républicaine pour les quartiers" afin de "sécuriser" ces quartiers et d'"aider à démanteler" les points de deal.

"On va créer 200 brigades de gendarmerie en milieu rural qui pourront prendre la forme de nouveaux types d'implantations avec des expérimentations qui vont être lancées dans plusieurs départements", a indiqué le président, "pour remettre de la tranquillité dans les quartiers les plus ruraux".

Emmanuel Macron a annoncé également la création d'une "force d'action républicaine pour les quartiers", soit "une force d'action qui, dans les quartiers qui connaissent des difficultés, va nous permettre de projeter pendant plusieurs mois des forces de sécurité dédiées qui vont venir sécuriser le quartier, aider à démanteler les principaux points de deal", a-t-il précisé.

Selon des sources concordantes, cette "force interministérielle" accompagnera "les préfets, dans des territoires exposés à une flambée de violence ou à un trafic de drogue important". Elle sera composée de policiers, d'officiers de police judiciaire (OPJ), de fonctionnaires des finances, mais aussi de personnels éducatifs, de travailleurs sociaux... "Nous n'envoyons pas l'armée mais une aide sécurité/social", selon ces sources.

Harcèlement de rue : un triplement de l'amende

Emmanuel Macron a déclaré vouloir tripler à 300 euros l'amende pour harcèlement de rue, un acte qui sera qualifié de "délit". Le doublement des effectifs évoqué précédemment sera effectif dans les transports, "aux horaires où les agressions sont le plus constatées", selon le président.

Emmanuel Macron a fait valoir que "parmi les victimes de vols avec ou sans violence et de violences sexuelles dans les transports en commun" les femmes représentaient "respectivement 56% et 95% des victimes pour 52% de la population".

Généralisation des amendes forfaitaires délictuelles (AFD)

Le président de la République a déclaré ce lundi vouloir adopter une généralisation des amendes forfaitaires délictuelles (AFD) pour les délits sanctionnés par des peines inférieures à un an de prison. En déplacement à Nice, le président a expliqué que cette généralisation de l'AFD, utilisée notamment pour lutter contre la consommation de stupéfiants, était "un élément de simplification" qui permettra aux "magistrats de se concentrer sur les affaires plus importantes".

Cyber-sécurité : recrutement de 1500 cyber-patrouilleurs

Sur le volet de la cybersécurité, Emmanuel Macron entend créer 1500 postes de cyber-patrouilleurs supplémentaires, ainsi qu'une école de formation cyber pour lutter contre les attaques numériques, dans le cadre d'un plan d'investissement d'un milliard d'euros. L'école de formation sera créée au sein du ministère de l'Intérieur pour former les policiers, les gendarmes et les agents des services de renseignement "sur cette thématique en constante évolution", selon l'Elysée.

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En tout, il y aura un déploiement massif d'un milliard d'euros d'investissements, avec également un plan de recrutement "pour aller chercher les meilleurs profils issus de la société civile".

Par ailleurs, le chef de l'Etat a annoncé la mise en place d'un équivalent numérique de "l'appel 17" afin que chaque citoyen puisse signaler en direct une cyberattaque (virus, piratage, etc.) et être mis immédiatement en relation avec un opérateur spécialisé. En France, les entreprises ont essuyé en moyenne 13% de plus de cyberattaques en 2021 que l'année précédente, selon un rapport de la société de cybersécurité Orange Cyberdéfense publié début décembre. Le nombre moyen de cyberattaques avérées par entreprise s'élève à 42 par mois sur les dix premiers mois de 2021, contre 37 en moyenne sur la même période en 2020.