Mon aîné passe les épreuves anticipées du baccalauréat dans quelques mois, puisqu'il est en première S. L'épreuve de français est celle qui m'intéresse le plus. D'abord parce que c'est à peu de choses près celle que j'ai passée il y a bientôt 27 ans. Et ensuite parce que je reste amoureux de la lecture, de la langue, et que je garde somme toute un bon souvenir du travail d'approfondissement que nous avions fait sur Baudelaire, Apollinaire, Flaubert...
Alors je tente de proposer des lectures à mon fils, à côté du programme qui est le sien. En essayant de combiner "ce qui peut lui servir pour se distinguer un peu des autres copies du bac" et "ce qui peut l'accompagner quelques années" en tant que livres ou qu'auteurs de son adolescence. En d'autres termes, je lui propose des choses en me disant que cela peut l'accompagner à court et moyen terme.
Des noms, des titres? Boris Vian, Kundera, Nabokov un peu, Buzzati, Ramuz... Au rythme qui est le sien, il lui faut environ quatre semaines pour lire un recueil de nouvelles de 100 pages... en gros, s'il lit deux livres (et pas les plus gros!), d'ici l'été, ce sera le maximum!
Une sorte d'anachronisme d'anticipation
Alors je le regarde grandir. Comme moi à son âge, comme beaucoup, il "grille des cartouches", il ne se donne pas toutes les chances de parvenir à ce qui l'intéresse (car à la différence de moi à son âge -et c'est déjà un point essentiel- il a des passions réelles dont il aimerait assez qu'elles l'accompagnent dans son métier). Je le regarde téléphoner, regarder des niaiseries, s'ennuyer, rire... bref, grandir comme j'ai grandi, sans passer son temps à imaginer sa vie plus tard.
On ne peut pas imaginer ni souhaiter son enfant regrettant à 16 ans de ne pas s'être donné les moyens de parvenir à ses fins. C'est une sorte d'anachronisme d'anticipation... Et on regarde son enfant vivre sa jeunesse, en essayant de le stimuler un peu quand même.
Pas facile.
