Dans les écoles de commerce comme ailleurs, le premier confinement avait pris tout le monde par surprise. Rien de tel en cet automne : à l'évidence, les leçons du mois de mars ont été tirées. A Grenoble EM, par exemple, les cours ont été organisés à distance dès la rentrée. "Nous avons choisi cette option pour des raisons sanitaires, explique Armelle Godener, directrice de la pédagogie. Nous ne voulions pas abandonner notre défi de la rentrée, où les étudiants de première année débattent de sujets sociétaux." L'événement a donc eu lieu virtuellement, sur un campus numérique.
Comme un jeu vidéo
"C'était un peu comme un jeu vidéo, détaille Juliette, étudiante en première année. Chaque personne disposait de son avatar et nous pouvions discuter ensemble... C'était vraiment sympa." Son seul regret : avoir été contrainte de travailler ainsi dès le début de l'année et pas seulement au moment du reconfinement, fin octobre. "La participation n'est pas la même ; c'est difficile pour des cours comme la comptabilité, que je découvre." Afin de prévenir un risque de décrochage, l'école a mis en place de nouveaux contenus pédagogiques comme la "classe inversée", où les étudiants disposent du contenu en amont. Une manière de faciliter les interactions à distance.
De son côté, l'Ieseg Business school a investi plus d'un million d'euros dans l'équipement de salles hybrides - qui permettent de faire cours avec une partie des étudiants à distance - et l'acquisition de logiciels, dont le désormais célèbre Zoom. Ses professeurs ont naturellement été formés à ces nouveaux outils et ils ont également bénéficié de conseils pratiques. "Nous leur avons montré par exemple comment se tenir debout, utiliser le langage corporel ou encore limiter les temps de parole, indique Loïc Plé, le directeur de la pédagogie. Nous les avons aussi accompagnés dans la création de nouveaux formats d'examens." Ceux-ci sont en effet passés entièrement en ligne, ce qui veut dire que les étudiants peuvent s'aider de leurs livres et de documents, contrairement aux épreuves qui ont lieu en classe.
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Evidemment, ces évolutions ne se déroulent pas toujours sans appréhension, notamment pour ce qui concerne la maîtrise des innombrables outils numériques. Kedge Business school a ainsi misé sur des programmes participatifs et équipé ses enseignants d'ordinateurs plus puissants. De quoi pouvoir utiliser des "tableaux blancs virtuels", qui permettent aux professeurs d'écrire mais aussi de partager des ressources avec leurs étudiants, comme des notes ou des vidéos. Une manière de se rapprocher des conditions d'enseignement habituelles.
"C'est très fluide !"
Un mal pour un bien ? Peut-être. Juliette, étudiante à l'Ieseg en master "entrepreneuriat et innovation", se félicite qu'il y ait eu dès le début de l'année des cours "hybrides". "Cela a facilité le passage au tout à distance par la suite, indique-t-elle. Au début, je craignais que cela ne complique la participation aux cours. En réalité, il existe plusieurs façons d'interagir : on peut lever la main virtuellement, envoyer des questions dans le chat... C'est très fluide !"
L'Edhec a également misé dès le début de l'année sur les salles de classe virtuelles, ce qui a permis de développer l'autonomie des étudiants. L'école n'a pas hésité non plus à investir un million d'euros pour équiper ses salles de classe d'un système de diffusion vidéo en temps réel. "Nous ne reviendrons jamais au 100 % présentiel, souligne, lucide, Anne Zuccarelli, la directrice de l'expérience étudiante. L'enseignement à distance nous a ouvert de nouvelles perspectives qui auraient sans doute paru utopiques auparavant. Nous pouvons travailler avec des enseignants et des étudiants installés à l'étranger, par exemple."
Qui a dit que la contrainte ne favorisait pas la créativité ?
