"Il est né en l'an 2000". Voilà l'une des explications, parmi d'autres plus ou moins surprenantes, données à Dominique* par l'Éducation nationale pour justifier que son fils, Augustin*, se retrouve à quelques jours de la rentrée sans affectation dans aucun lycée.
"Un bug informatique"
Retour en arrière. En juin, alors que la procédure Affelnet, qui gère l'affectation dans les lycées, se termine, mauvaise nouvelle pour Augustin. En face de son nom, cette mention: "Erreur". Pourtant, le futur lycéen n'a pas formulé de voeux fantaisistes: "Nous avons demandé le lycée du bout de la rue, qui n'est pas particulièrement côté, en seconde générale avec une option Théâtre", explique Dominique, qui habite avec sa famille une ville située dans le nord du département des Hauts-de-Seine.
Inquiète, la mère de famille essaie de joindre l'Inspection académique du département, sans succès, et décide finalement de s'y rendre. Là, après avoir erré de bureaux en bureaux, on finit par lui expliquer que le dossier de son fils a été victime d'un bug informatique. On la rassure -d'autres enfants issus du même collège serait dans le même cas, son fils sera prioritaire lors de la commission d'attribution de juillet. Il suffit de refaire une demande par courrier. Dont acte.
Des familles livrées à elles-mêmes
Vendredi 10 juillet, 18 heures. Dominique et d'autres parents de lycéens sans lycée se retrouvent devant les grilles de l'Inspection académique des Hauts-de-Seine, à Nanterre. C'est là que sera affiché le résultat du deuxième tour de la procédure d'affectation. "Les parents doivent se déplacer confirme la mère de famille, l'inspection n'envoie aucune information sur les affectations par mails ou par téléphone".
Mais Dominique, qui travaille, aura fait le déplacement pour rien: en face du nom de son fils, cette fois, une nouvelle mention "Non affecté". Incompréhension totale. "C'était le début des vacances scolaires, et je n'avais aucun nom de personne référente à contacter, puisqu'à l'Inspection académique les personnes qui nous renseignent ne se présentent jamais" se désole la mère d'Augustin.
Fin août, retour des vacances. Alors que tous les copains d'Augustin préparent fébrilement leur entrée en seconde, le futur lycéen ne sait toujours pas où il va étudier pour l'année qui vient. Après avoir remué ciel et terre, écrit des courriers à son maire, son député et son conseiller général, Dominique finit par avoir au bout du fil un interlocuteur de l'Inspection académique. Qui lui conseille d'aller faire le tour des cinq lycées de son bassin géographique pour tenter d'y décrocher une place. Sans succès.
Une rentrée ratée
Mardi 8 septembre. Tous les élèves de France sont en classe -sauf ceux qui, comme Augustin, n'ont pas été affecté dans un établissement. La famille alto-séquanaise attend le résultat de la commission d'attribution de septembre, en croisant les doigts pour que le jeune lycéen de 14 ans ne se retrouve pas dans un lycée à l'autre bout du département... Dominique, elle, fait la liste de tous les arguments qui lui ont été donné pour expliquer cette situation, par ses interlocuteurs à l'Inspection académique comme par les représentants des associations de parents d'élèves:
- le bug informatique ("C'était l'explication donnée jusqu'en juillet" commente Dominique),
- la mauvaise année de naissance ("Augustin est né en 2000, année de baby-boom"),
- le mauvais mois de naissance ("Les élèves les plus jeunes sont affectés en premier, mais Augustin est pourtant du mois de novembre"),
- la nécessité de mixité sociale dans le lycée visé ("Notre quartier étant plutôt défavorisé, les enfants issus de milieux favorisés mais demeurant plus loin que nous seraient prioritaires sur ceux du quartier").
Cerise sur le gâteau, on a aussi suggéré à Dominique de faire redoubler son fils, "pour lui donner plus de chances d'avoir une place en lycée, l'année prochaine...". Avant de lui conseiller de se faire plus discrète, sous peine de desservir son fils.
La subtilité du choix des options
Dernière explication en date reçue par la famille pour éclairer cette situation ubuesque: "Un interlocuteur de la Direction scolaire m'a dit que nous n'aurions pas du choisir l'option Théâtre, une option contingentée explique Dominique. C'est à cause de ce choix que mon fils se retrouverait sans lycée aujourd'hui. Nous aurions dû demander ce lycée, mais sans l'option, quitte à faire ensuite des pieds et des mains auprès du proviseur pour qu'il intègre l'option".
Dit autrement: les familles qui visent un lycée avec une option contingentée doivent formuler deux voeux dans le dit-lycée, avec et sans option. Une explication confirmée par un mail de l'Inspection académique dont L'Express a eu connaissance: "Nous déclinons toute responsabilité quant à la non-affectation de votre fils, est-il écrit, étant donné qu'un voeu a été formulé de votre part pour une formation contingentée qui n'est (pas) sectorisée". Sauf qu'à aucun moment, quand il a rempli ses voeux sur Affelnet, ni Augustin ni sa famille n'ont été informé de cette subtilité. "Je pensais que si Augustin n'était pas pris dans cette option, il aurait quand même une place dans le lycée" commente sa mère.
Le redoublement, une solution?
A l'image d'Augustin, d'autres élèves sont encore une semaine après la rentrée, sans lycée. C'est le cas notamment de futurs lycéens professionnels de l'Ain, à qui il a également été proposé de redoubler en attendant qu'une filière de leur choix se libère, comme le rapporte le site internet spécialisé Le Café pédagogique.
Le redoublement comme variable d'ajustement des effectifs? Il fallait oser, alors que l'article 37 de la loi de refondation de l'école voulue par Vincent Peillon en 2013 précise que "le redoublement ne peut être qu'exceptionnel". Rue de Grenelle, l'entourage de la ministre de l'Education nationale Najat Vallaud-Belkacem précise que cette situation ne concerne que "quelques lycéens", et que tous auront "une place dans leur lycée de secteur" dans les meilleurs délais.
>> Edit du 9 septembre: la mère d'Augustin a reçu mardi en fin de journée un appel du lycée initialement demandé par son fils pour lui annoncer qu'une place y avait finalement été trouvée pour lui. Par ailleurs la DASEN (Direction académique des services de l'éducation nationale) a précisé à L'Express que 200 lycéens alto-séquanais sont encore sans lycée à la date du 9 septembre, dont 80 futurs élèves de seconde.
*Les prénoms ont été modifiés.
