Stages annulés, recrutements gelés... La crise économique née de la crise sanitaire complique évidemment l'insertion des jeunes, même quand ils sont diplômés d'écoles de commerce. Les statistiques de l'Association pour l'emploi des cadres (Apec) sont sans appel : les offres destinées aux jeunes diplômés entre janvier et août 2020 ont baissé de... 42 % par rapport à la même période de 2019 ! "J'ai fini par trouver un boulot début novembre, mais cela a été assez compliqué. Beaucoup d'entreprises ont annulé les entretiens et bloqué les embauches, même celles qui recrutent beaucoup", témoigne Mathilde, 25 ans, qui sort de l'Edhec.
La carte du réseau
Les services "carrière" des écoles de commerce se sont donc fortement mobilisés. L'école de management Léonard-de-Vinci (EMLV) a, par exemple, rappelé au printemps à ses anciens élèves l'existence d'une plateforme interne recensant des offres. Idem à l'Edhec : "Nous avons un programme de mentorat entre alumni [anciens] et étudiants. Il permet de révéler un marché caché des recrutements", confie Jérôme Troiano, directeur du Career Center de l'école. C'est ce réseau qui a permis à Mathilde de signer son premier CDI. Lors de son stage de fin d'études chez l'Oréal, on lui a annoncé que les perspectives étaient bouchées. "Mais la communauté alumni Edhec a été très efficace : j'ai rencontré des collaborateurs bien installés et des jeunes diplômés de l'école, tout en bénéficiant des conseils d'un ancien." A la clef : une embauche pour remplacer un départ.
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Des outils de recherche renforcés
Mathilde a également bénéficié d'un accompagnement en amont. "Nous avons renforcé le suivi personnalisé, un système qui fonctionne bien. Malgré la crise, nos chiffres avoisinent ceux de l'an dernier", assure Jérôme Troiano. "On sent que cela va être plus compliqué, donc on insiste sur les outils de recherche", ajoute Sébastien Tran, directeur de l'EMLV. L'école a ainsi lancé une série de webinaires sur l'entrepreneuriat - "Si tu ne trouves pas d'emploi, crée le tien" - et organise des conférences sur les techniques de recherche d'emploi en période de crise. L'Edhec mise aussi sur des forums d'entreprises en ligne et des webinaires "une à deux fois par semaine", tandis que l'Essca propose à ses étudiants de dernière année d'être conseillés par un groupe de recrutement et un cabinet de conseil en RH.
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Les écoles sont conscientes des conditions particulières qu'affrontent leurs élèves. "J'ai passé mes entretiens en avril et je devais commencer mon stage en novembre, mais il a été reporté à décembre. Heureusement, l'école s'est montrée plutôt conciliante sur les dates de convention", assure Anthony, étudiant en master spécialisé à l'EM Lyon. "Nous suivons les recommandations du ministère en adaptant les calendriers, signale pour sa part Jérôme Troiano. L'objectif est de ne pas pénaliser les étudiants face à un agenda qui a pu se décaler, même si la majorité d'entre eux a trouvé quelque chose dans les délais prévus."
Viser les secteurs porteurs
L'adaptation est l'un des mots-clefs du moment. "L'agroalimentaire, la distribution et l'énergie verte sont porteurs, alors que la banque, le conseil et l'audit recrutent beaucoup moins", souligne Sébastien Tran, de l'EMLV. Jérôme Troiano confirme : "Nous essayons d'orienter nos étudiants vers des secteurs qui recrutent, comme le big data et l'e-commerce." Finalement, la crise revêt aussi un aspect psychologique. Face à celle-ci, les étudiants doivent parfois renoncer à leurs rêves initiaux.
