L'université Paris I-Panthéon Sorbonne a-t-elle accepté de délivrer son diplôme à un étudiant malgré une thèse constituée d'innombrables copier-collers? Mardi dernier, la section disciplinaire du conseil académique de l'établissement a en tout cas tranché en ce sens, comme le rapporte Le Monde dans une enquête publiée ce lundi.

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Une thèse de droit, soutenue et validée en 2015 par Arash Derambarsh, aurait été largement plagiée par son auteur, indique le Conseil, après une enquête approfondie résumée en 40 pages. L'instance universitaire a ainsi décidé de "l'annulation de l'épreuve de soutenance de la thèse concernée", ce qui implique "de facto le retrait du diplôme de doctorat en droit", indique Le Monde. Son auteur, qui a refusé de reconnaître un tel plagiat, sera exclu définitivement de tout établissement public d'enseignement supérieur.

"Copiers-collers"

Élu à Courbevoie depuis 2014 et personnalité médiatique, Arash Derambarsh a attiré l'attention de certains observateurs sur les réseaux sociaux, pour sa thèse soutenue en 2015, intitulée "Fichiers de police, un encadrement légal et sociétal dans un environnement controversé".

En février, un compte Twitter anonyme baptisé "Thèse et synthèse", dénonce ainsi de multiples passages copiés et non sourcés dans la thèse du jeune homme, estimant que 92 % de cette dernière relevait de simples "Ctrl + C, Ctrl + V".

Dans son jugement, la section disciplinaire de Paris I est, elle aussi, sans appel : "Le manuscrit de thèse d'Arash Derambarsh est quasi intégralement composé d'un assemblage de textes, produits dans un contexte académique ou publiés par d'autres auteurs que lui-même, et recopiés selon un ou plusieurs des procédés plagiaires visant à faire accroire au lecteur qu'Arash Derambarsh en est l'auteur", écrit l'organisme.

"Machination"

Alors que l'auteur dénonce auprès du Monde une "machination", il a également indiqué qu'il ferait appel de la décision devant le Conseil national de l'enseignement supérieur et de la recherche. Son avocat, Me Yassine Bouzrou, regrette le non-respect "des droits fondamentaux" de son client, et accuse l'université d'avoir écarté "les témoignages qui ont été fournis afin d'attester de sa bonne foi".

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Pour La Sorbonne, l'enjeu est grand : la section disciplinaire soupçonne notamment le jury de complaisance. Selon Le Monde, plusieurs irrégularités sont ainsi soulevées, notamment concernant la composition du jury, dont les spécialités ne sont pas en proximité avec le sujet de la thèse. Les liens avec le doctorant seraient, eux aussi, remis en question : l'un des membres du jury présidait une association culturelle à Courbevoie, tandis qu'un autre a vu son ouvrage édité par Arash Derambarsh en 2011. Aucun membre du jury n'indique actuellement avoir décelé un tel plagiat.

"Nous venons de prendre connaissance de la décision de la section disciplinaire du conseil académique de Paris I. Cette dernière a pris une décision difficile et courageuse, qui aura assurément un impact au sein même de Paris I mais aussi au sein de l'Université française", indique de son côté le compte Twitter de "Thèse et synthèse", à l'origine de l'avertissement.