Les conditions d'exercice dans les écoles sont difficiles depuis le début de l'épidémie. Mais Omicron aura réussi le tour de force de mettre à mal le protocole sanitaire et la patience des enseignants en à peine une semaine. "Depuis la rentrée de janvier, l'épuisement et l'exaspération de toute la communauté éducative atteignent un niveau inédit", notent les principaux syndicats du monde de l'Education, et notamment des enseignants, dans un appel à la grève pour ce jeudi.

Mais le contexte épidémique n'explique pas tout. La colère est nettement dirigée vers le ministère de l'Education nationale et plus particulièrement Jean-Michel Blanquer. "La responsabilité du ministre et du gouvernement dans cette situation chaotique est totale du fait de changements de pied incessants, de protocoles intenables et d'absence de moyens donnés pour assurer le fonctionnement de l'Education. Malgré une amplification jamais vue de l'épidémie, l'École ne bénéficie pas de l'organisation protectrice qui serait nécessaire pour assurer la sécurité des élèves, des personnels et de leurs familles", cinglent les syndicats.

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Comme L'Express l'écrivait dimanche, et avant même l'intervention du Premier ministre, ces derniers réclament le retour à une "situation gérable". Le point sur leurs revendications, à l'aube de cette grève qui promet d'être très suivie. Environ la moitié des écoles seront fermées, selon le principal syndicat du primaire, le SNUipp-FSU.

Fermeture de la classe au premier cas positif, cas contacts intrafamiliaux...

"Il est urgent de revoir les règles de fonctionnement avec le retour à la règle protectrice "1 cas positif = fermeture de la classe", note le SNU-ipp-FSU. Cette règle avait été abandonnée fin novembre par le gouvernement, préférant intensifier les dépistages en cas de suspicion de Covid, dans le but de laisser le maximum de classes ouvertes. Son abandon avait contribué à faire chuter le nombre de classes fermées en France. Elles sont de nouveau très nombreuses sur le territoire, plus de 10 000 d'après les derniers chiffres du ministère. Le retour de ce dispositif rejoint une autre demande, formulée par le SE-Unsa, celle du "non-cumul de l'enseignement en présentiel et en distanciel".

Le deuxième point sur lequel insistent les syndicats est l'isolement des contacts intra-familiaux. Dans les dernières règles édictées par le gouvernement, un élève cas contact d'une personne positive au sein de son foyer doit suivre une procédure de tests (autotests) à J0, J+2 et J+4, afin de pouvoir retourner en classe. Mais le premier négatif permet déjà de revenir à l'école. Les syndicats préconisent le retour à un isolement.

Enfin, une "politique de tests préventifs hebdomadaires salivaires systématiques avec une campagne de conviction à mener auprès des familles", est nécessaire, jugent les organisations.

Des remplacements pour les professeurs absents

Au 6 janvier, environ 5631 cas étaient recensés dans le personnel éducatif, dont les enseignants. Un chiffre sûrement plus important aujourd'hui. Les syndicats souhaitent des embauches, "via les listes complémentaires", afin de compenser ces absences. Le gouvernement mise toujours sur des contractuels, et la mise en place d'outils informatiques, comme Andjaro, comme l'évoque le JDD, afin de remédier rapidement à ces arrêts pour cause de maladie.

Second degré : report des épreuves de spécialité du bac

Le SNES-FSU, premier syndicat des personnels enseignants, d'éducation et d'orientation des collèges et des lycées généraux et technologiques, demande le report des épreuves du baccalauréat programmées en mars, à juin. Celles de spécialité.

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"Actuellement, de nombreux élèves et professeurs sont mis à l'isolement, les classes se vident puis se remplissent puis se vident à nouveau, au gré des découvertes de cas de Covid. L'heure est donc à la discontinuité pédagogique qui fragilise encore davantage les apprentissages. Dans ces conditions, comment croire qu'il est possible de préparer sereinement les épreuves de baccalauréat qui sont prévues dans 7 semaines, mi-mars ? Les inégalités de préparation devant l'examen sont de plus en plus flagrantes !".

Matériel : des masques FFP2 et chirurgicaux en nombre

C'est une dernière revendication, unanimement partagée dans le milieu de l'éducation : "dès maintenant les personnels doivent être équipés de masques chirurgicaux, et FFP2 pour ceux qui le souhaitent ; des autotests doivent leur être fournis et les salles de classe et de restauration équipées en capteur de CO2", indique l'intersyndicale.

L'éducation nationale a pour le moment commandé 55 millions de masques chirurgicaux afin d'équiper les personnels des écoles et des établissements scolaires, avec des premières livraisons dès la mi-janvier. Il n'est pas encore fait mention de commandes de masques FFP2, jugés plus protecteurs. Certaines municipalités ont devancé l'Etat, comme à Limoges, qui distribue actuellement ces masques aux enseignants de leurs écoles ainsi qu'aux personnels des crèches. Du côté de l'achat de capteurs de CO2, le ministre Jean-Michel Blanquer a rappelé qu'il s'agissait d'une compétence des collectivités territoriales. Aux maires, donc, de mettre la main à la poche.