Le bac nouvelle formule enchaîne les couacs. La première expérimentation de la réforme Blanquer fait grincer des dents dans les couloirs des salles d'examen. Les syndicats ne mâchent pas leurs mots parlant d'un "crash" et dénoncent une "organisation chaotique". Jurys incomplets, convocations tardives et dysfonctionnements liés à la numérisation des copies ont marqué le début d'une session 2021 déjà bouleversée par la crise sanitaire.

Commençons par les ratés qui ont émaillé l'épreuve phare de la réforme : le grand oral. Alors que l'examen commençait lundi pour les 525 000 candidats des filières générales et technologiques, les premiers signes de mécontentement sont apparus rapidement. Certains en raisons de retards importants du jury. D'autres ont tout bonnement vu leur épreuve reportée. "Il était content mon fils, de se lever tôt (...) pour passer le grand oral et être renvoyé chez lui, car il manque un membre de son jury", fustige une mère de famille sur Twitter.

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Quand le jury est au complet, il arrive qu'il soit constitué de deux professeurs de la même spécialité. Là encore, il faut trouver une solution. Les enseignants dénoncent l'envoi tardif de leurs convocations - affirmant qu'elles leur ont été transmises vendredi ou ce week-end pour lundi. D'autres ne l'ont jamais obtenu. "En Ile-de-France, certaines ont été reçues par mail dans la nuit de vendredi à samedi. Des collègues ont aussi été appelés lundi matin pour se faire dire qu'on les attendait dans tel établissement", fulmine Sophie Vénétitay, secrétaire générale adjointe du syndicat enseignant SNES-FSU au micro de Franceinfo.

"Confusion totale sur le grand oral"

Cet embouteillage serait le résultat d'une mauvaise organisation en amont. Dans les colonnes de Lyon Capitale, Rindala Younès, responsable académique du secteur Lycée du syndicat enseignant du secondaire SNES-FSU explique que les convocations des élèves ont été réalisées avant celles des professeurs. "Beaucoup trop d'élèves étaient convoqués par demi-journée. On savait déjà que ça allait bloquer de ce côté-là", déclare-t-elle. Mais les lycéens ne sont pas les seuls à faire les frais de cette mauvaise organisation, certains professeurs étant pris pour cible par les élèves. "Ils avaient l'impression qu'on était en grève alors que ce n'est pas le cas", déplore cette professeure de lettres.

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Les syndicats d'enseignants ont donc relayé la colère des élèves sur les réseaux sociaux. "Lycée de Pontault, ils ont cinq jurys sur quatorze, les oraux commencent dans 10 minutes", a notamment rapporté le syndicat Snes/FSU Créteil.

En Guadeloupe ou dans l'académie de Versailles, des professeurs découvrent aussi qu'ils vont devoir interroger leurs propres élèves. Sur Twitter, Sophie Vénétitay évoque une "confusion totale sur le grand oral".

Le ministère de l'Education minimise

Pris pour cible par les élèves et les enseignants, Jean-Michel Blanquer et son équipe tentent d'éteindre le feu. Rue de Grenelle, on souligne les spécificités de l'épreuve qui demande un certain nombre d'éléments. Le ministère de l'Education met en avant "la très grande diversité de combinaisons possibles" en fonction du choix de spécialité des élèves, peut-on lire dans le Journal du dimanche. L'exécutif se cache aussi derrière le caractère inédit de l'épreuve tout en mentionnant les "difficultés techniques du Service interacadémique des académies et concours", chargé d'expédier les convocations. Sont évoqués par ailleurs "les besoins des personnels réservistes" difficiles à prévoir en période de pandémie.

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Pour l'instant, l'ampleur des couacs n'a pas été chiffré. Selon la rue de Grenelle, seuls 21 des 450 jurys parisiens ont dû être revus lundi. Pour la SNES-FSU, plusieurs incidents ont été recensés dans les académies d'Ile-de-France, de Lyon, Tours et Lille et Guadeloupe et "dans les plus grandes académies" seulement selon l'Unsa Education.

Mais la liste des désagréments qui ont émaillé cette session 2021 ne s'arrête pas là. Alors que le grand oral a marqué ses premiers pas par une série de couacs, la numérisation des épreuves de philosophie - expérimentée pour la première fois - essuie elle aussi de nombreuses critiques.

Les profs de philo remontés

Décriée depuis plusieurs semaines par de nombreux enseignants, la numérisation de cet examen devait permettre aux professeurs de corriger sur ordinateur. Une fois encore, tout ne s'est pas passé comme prévu. En effet, de nombreux enseignants ont signalé qu'ils ne pouvaient pas accéder, lundi matin, à Santorin, une plateforme pour corriger les copies scannées. Selon les syndicats, des professeurs qui ont reçu leurs copies ont dû les renvoyer car elles étaient illisibles. Face aux retards de distributions de lots de copies numérisées, les professeurs en colère ont réclamé un délai supplémentaire pour rendre leur travail.

"Dès le départ, de nombreux professeurs ont rencontré des difficultés à la réception de leurs lots de copies. Elles sont arrivées tard, parfois en ordre dispersé, avec des pages dans le mauvais ordre, et pour certains avec des pages manquantes", s'insurge auprès de l'AFP Nicolas Franck, président de l'association des professeurs de philosophie de l'enseignement public (Appep).

"C'était la première journée, il y a forcément des ajustements, même si l'on déplore le stress que cela occasionne chez les candidats concernés", assure-t-on au Parisien dans l'entourage de Blanquer. Mais pour les enseignants, le démarrage de ce bac nouvelle génération frôle le zéro pointé.