Le label Education prioritaire a des effets très contrastés sur les parents. Pour certains, il agit comme un repoussoir, un stigmate qui désigne l'établissement dans lequel il ne faut surtout pas scolariser ses enfants. Pour d'autres, c'est la garantie que leur rejeton pourra étudier dans un établissement en principe mieux doté financièrement, dans des classes aux effectifs limités.

RIP les ZEP, bonjour les REP

C'est aussi le paradoxe de la réforme de l'Education prioritaire mise en oeuvre par Najat Vallaud-Belkacem à la rentrée 2014, qui fait aussi bien des heureux que des malheureux. Objectif de cette réforme: concentrer les moyens sur les établissements qui en ont le plus besoin.

D'après le ministère, l'ancienne carte des ZEP (zones d'éducation prioritaire) "ne reflétait plus la réalité des difficultés sociales et scolaires". Pour désigner les nouveaux Réseaux d'éducation prioritaire (nouveau nom des ZEP), un "indice social" a été mis au point sur la base de quatre critères: le pourcentage d'élèves issus des catégories sociales les plus défavorisées, le taux de boursiers, le pourcentage d'élèves issus de zones urbaines sensibles, et le pourcentage d'élèves en retard à l'entrée en 6e.

Dans certaines villes, l'application de ces nouveaux critères a un effet radical. C'est le cas à Paris, dans le XIIIe arrondissement de la capitale. Avant la réforme, 18 écoles du XIIIe étaient classées en Education prioritaire. Avec l'application des nouveaux critères, ce chiffre pourrait tomber à trois.

Des critères de choix dénoncés par les parents

L'école Jenner fait partie des établissements qui risquent de perdre leur "statut" d'établissement prioritaire à la rentrée 2015, ce qui n'est pas du goût de tous les parents. "Aujourd'hui notre école bénéficie de classes à effectifs réduits, elle propose davantage de sorties culturelles que les autres écoles, et les projets de classes de découverte sont prioritaires pour la mairie qui les finance, liste Gaëlle Fanelli, parent d'élève déléguée de Jenner, élue sur une liste indépendante. Un atout pour les élèves, et notamment pour les plus défavorisés. Cette école fonctionne et on voudrait lui enlever ses atouts?".

Une décision peu compréhensible pour les parents mais aussi pour les enseignants, qui contestent les critères retenus pour exclure leur école du dispositif d'Education prioritaire, et notamment l'un d'entre eux, basé sur le nombre d'enfants inscrits aux tarifs de cantine les plus bas. Sauf qu'à Jenner, la part de ces enfants est effectivement passée de 35,2% des effectifs en 2010, à 26% en 2014, ce qui semble indiquer que le nombre d'enfants issus de milieux défavorisés a diminué dans l'école... Un argument rejeté par les parents d'élèves: "Ces statistiques ignorent les familles trés défavorisées qui n'envoient pas leurs enfants à la cantine" pointe Gaëlle Fanelli

Un effet "couperet"

Les parents d'élèves de Jenner ne sont pas les seuls à contester la nouvelle carte de l'Education prioritaire. Ailleurs à Paris, dans le XIXe arrondissement, au Collège Guillaume Budé, mais aussi à Dijon ou à Grenoble, par exemple, la contestation se fait tout aussi vive. Beaucoup de parents dénoncent l'effet "couperet" des nouveaux REP, qui dans certains établissements pourraient conduire à des fermetures de classes. Ici ou là, des parents et des enseignants suggèrent que plutôt que de "tout donner" à une école, et rien à une autre, il faudrait moduler les aides. C'est d'ailleurs la position défendue par certains syndicats enseignants, et notamment l'UNSA, qui a demandé que des mesures transitoires soient mises en place pour éviter que certains établissements sortant du dispositif ne chutent brutalement.

Sans réponse du rectorat à leurs demandes de rendez-vous, les parents de Jenner sont bien décidés à se faire entendre par tous les moyens: mardi, ils passeront la nuit à l'école, et jeudi, les enseignants seront en grève, avec le soutien des parents d'élèves élus. "Nous avons remarqué que les écoles qui obtiennent le plus, par exemple en terme de remplacements des professeurs absents, sont toujours celles qui râlent le plus fort explique Gaëlle Fanelli. Nous sommes donc décidés à râler trés fort". A bon entendeur...