Le pessimisme est d'humeur, l'optimisme est de volonté", disait Alain. Le philosophe avait vu juste. Au début des années 1990, David Lykken, psychologue et généticien de l'université du Minnesota (Etats-Unis), s'est intéressé au devenir de faux jumeaux et de vrais jumeaux séparés à la naissance. A tous, il a demandé s'ils avaient le sentiment d'être heureux. Or 44% des vrais jumeaux ont développé une idée similaire du bonheur, contre 8% seulement des faux jumeaux. D'où cette conclusion de David Lykken: le caractère héréditaire "du sentiment subjectif de bien-être" se situerait aux alentours de 50%, alors que le niveau de revenus, la situation maritale et la religion n'interviendraient, au total, que pour 10%.
Si le capital génétique intervient à 50%, que reste-t-il alors du libre arbitre? Tout d'abord, ce n'est pas parce qu'une caractéristique est héréditaire qu'elle se transmet à l'identique. Ensuite, David Lykken a étudié non pas le fait d'être heureux, mais l'aptitude à l'être, ce qui n'est pas exactement la même chose. Enfin, 40% du sentiment de bien-être reste lié aux traits de personnalité (sociabilité, extraversion...) et, surtout, à la façon dont chacun réagit face aux événements de la vie.
Pour d'autres scientifiques, la différence se ferait plutôt dans la capacité, propre à tout individu, de secréter un neurotransmetteur, la sérotonine, sorte d'antidépresseur naturel. Or 20% de la population possède une forme "courte" du gène qui permet de transporter cette substance: ces 20% seraient, en quelque sorte, plus vulnérables à la décompensation, donc à la dépression. Une piste de recherche intéressante, là encore. Mais qui néglige un fait : le bonheur, notion fugace et profondément humaine, ne peut se réduire à l'idée de plaisir ni à une simple approche chimique. Et c'est pour cette raison qu'on ne parviendra jamais à mettre au point un médicament qui rende heureux.