Un rapport du China Labor Watch a épinglé l'entreprise Samsung dont un sous-traitant emploierait des enfants. Les entreprises peuvent-elles ainsi employer des enfants sans le savoir?
Les entreprises qui s'installent en Chine n'y vont pas pour son modèle social mais parce qu'ils recherchent un faible coût du travail. A partir du moment où ils font appel à des sous-traitants, ils savent parfaitement que des enfants interviendront à un moment ou un autre dans la production de leurs produits. Depuis l'affaire Nike [premier scandale liant une firme internationale au travail des enfants dans les années 90, ndlr], des codes de conduite ont été instaurés par les grandes marques pour empêcher le travail des enfants. La plupart sont bidons. Les contrôles qui sont faits dans les usines ne sont pas sérieux. Dans les pays en développement, aucun de ces textes ne peut garantir que des enfants ne participeront pas à la conception des produits.
En France, on peut donc acheter un produit conçu par des enfants exploités...
Bien entendu! Au même titre que les grandes marques américaines, des entreprises françaises vendent des produits conçus par des enfants. Tous les jours, nous consommons des produits qui sont passés entre les mains des enfants pendant leur conception.
Quels sont les produits les plus concernés?
Ce sont les produits alimentaires car c'est dans le secteur de l'agriculture que la grande majorité des enfants travaillent. Par exemple, c'est assez important pour le cacao provenant de l'Afrique de l'Ouest. Le textile n'est pas épargné: beaucoup d'enfants sont exploités dans les champs de coton.
Le rapport révèle que de nombreux enfants sont envoyés par leurs écoles dans des usines. Est-ce un phénomène nouveau?
Non, c'est répandu depuis des années. Déjà en 2004, une ONG révélait que 400 000 écoles publiques en Chine avaient signé des conventions avec des entreprises pour envoyer leurs élèves y travailler plusieurs mois. Ces 'stages de formation' sont légaux mais les enfants sont souvent exploités bien au-delà de ce qu'autorise la loi. Les enfants ne sont pas payés ou reçoivent un salaire de misère. Cela arrange les écoles qui en contrepartie reçoivent de l'argent de l'entreprise.
Dans quels pays retrouve-t-on le plus d'enfants au travail?
Dans tous les pays émergents car c'est là que la pauvreté est la plus importante. Souvent, les enfants qui travaillent sont déscolarisés et travaillent pour aider leurs parents. En Inde et en Chine, malgré une forte croissance économique, le taux de travail des enfants reste très fort car les inégalités persistent. En revanche il y a des pays, notamment en Amérique Latine, où des efforts ont été faits. Le Brésil en est le meilleur exemple. Depuis le milieu des années 1990, une politique de répression des employeurs est menée. Il y a également un système d'attribution de bourses qui a été mis en place afin d'encourager les familles à scolariser leurs enfants.
Comment a évolué le nombre d'enfants travaillant dans le monde?
Depuis 10-12 ans, il y a eu une légère baisse au niveau mondial. Ces chiffres risquent de remonter au cours des prochaines années ou, du moins, leur baisse va être freinée à cause de la crise économique. Une centaine de millions de personnes dans le monde ont rejoint les rangs des travailleurs pauvres. Ces familles vont devoir envoyer leurs enfants au travail pour pouvoir survivre. La fin du travail des enfants n'est pas pour demain.
