Forcément, il sera avant tout question de chiffres. Combien étaient-ils à défiler ce mercredi 9 mars à Paris, Lyon, Lille, Toulouse ou Bordeaux? Combien chez les syndicats? Combien de jeunes? Autant de questions auxquelles il reste difficile de répondre. Et les critiques fusent contre ce mouvement capable de rassembler plus d'un million de personnes en un clic, mais combien dans la rue?
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En ce sens, c'était une journée test pour l'exécutif. Et malgré la pluie, il y avait bien foule à Paris autour de la place de la République. On a d'abord cherché les jeunes, cette force vive crainte par les politiques depuis l'épisode du CPE en 2006. Une lutte étudiante dont ils ont entendu parler... même s'ils ne l'ont pas vécue. "Le CPE, ça donne de l'espoir", ont même avancé certains manifestants.
"Ce n'est pas qu'une question de loi Travail, c'est un ras-le-bol"
La jeunesse, on l'a finalement trouvée, répartie par petits groupes, griffonnant un slogan sur une pancarte ou arrachant des mains d'un militant un autocollant du NPA pour le coller à côté de celui de la CGT ou du PCF. "Nous sommes tous là, mais sans étiquettes", explique pourtant Samuel, 21 ans, étudiant en droit et en histoire de l'art à Paris1, à l'écart du cortège syndical. Lui-même militant associatif depuis l'âge de 16 ans, il ne se reconnaît pas vraiment dans les mouvements syndicaux comme l'Unef, pourtant premier syndicat étudiant.

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© / S.P/L'Express
"Globalement, nous sommes moins politisés, mais on est aussi moins individualiste que la génération de nos parents ou nos grands-parents. Je ne me sens pas du tout représenté." "En fait, c'est une mobilisation de chacun, renchérit Hortense, elle aussi en fac de droit. On est résigné, on n'a plus d'espoir. Ce n'est pas qu'une question de loi Travail, c'est un ras-le-bol, une déception." "Quand Hollande a été élu, on était très content. Depuis, on grandit dans la déception", rajoute Guillaume, étudiant à Paris. Bonjour l'ambiance.
"Ce n'est plus la droite contre la gauche, c'est le haut contre le bas"
En revanche, un bon moyen de se rassembler, selon eux, c'est le mouvement citoyen. Lancé sur les réseaux sociaux, #OnVautMieuxQueÇa attire les jeunes qui n'hésitent pas à s'arrêter sur le stand du collectif pour acheter une affiche, un drapeau, une pancarte. "Donne ce que tu veux", dit Edouard* la trentaine qui tient le stand. Derrière lui, une "flash mob" s'organise en attendant le départ du cortège. Une cinquantaine de personnes se sont déjà assises malgré le froid et le léger crachin, pour former les lettres du collectif et faire une photo depuis une nacelle. Clic-clac, c'est dans la boîte.

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"On s'est retrouvé sur Facebook, explique Arthur, 29 ans, qui a répondu à l'appel du 9 mars qui regroupe une vingtaine de personnes. L'idée, c'était de faire un truc ponctuel mais ça a bien marché. On a contacté les youtubeurs, ça a vite pris."
Aujourd'hui, ils sont là pour faire passer un message, "ce n'est plus la droite contre la gauche, c'est le haut contre le bas". En ligne de mire, la précarité, un mot qui revient sans cesse dans la bouche de cette jeunesse en manque de perspectives. "C'est affligeant de manifester contre un gouvernement de gauche qui fait une politique de droite", regrette Arthur qui ambitionne pour son collectif un nouveau mode de militantisme "à la Podemos" .
"Le seul indicateur des politiques, c'est le taux de chômage"
Sur le fond du dossier, la loi Travail, ces jeunes affichent leur connaissance du sujet. "Personnellement, je trouve ce texte choquant, explique Hugo, 21 ans de l'IEP de Toulouse. Si l'on prend juste la question du plafonnement des prud'hommes, il aurait mieux fallu créer un plancher, cela aurait davantage fait hésiter les patrons." "La loi penche beaucoup trop du côté des entreprises, renchérit Hortense, étudiante à Sciences Po. Concrètement, cela revient à virer les gens plus facilement. En fait, le seul indicateur économique des politiques, c'est le taux de chômage."
"Il ne faut pas mettre toutes les entreprises dans le même panier, rétorque Hugo alors que la sono du camion CGT se fait justement de plus en plus bruyante. Ce gouvernement a fait le choix de la politique de l'offre. Mais ce qui est incroyable c'est qu'il le fait au moment où la Banque centrale européenne s'est lancée dans une vaste politique keynésienne qui fait la part belle à la demande!" Avis aux économistes...

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Qu'en pense justement ce petit groupe de jeunes professeurs d'économie de l'académie de Versailles, venu pour soutenir le mouvement? "L'opposition, ce n'est plus travailleurs contre patrons, c'est travailleurs précaires contre travailleurs en place. Ceux qui peuvent se former contre ceux qui ne peuvent pas", explique Elise* qui précise justement que le code du travail n'est pas au programme de ses élèves de Première.
Tiens, qu'en disent les lycéens de ce mouvement? "Ils ne sont même pas au courant. Ils ne savent pas pourquoi on fait grève, renchérit une collègue d'Elise. C'est une loi entre capital et travail, ça les dépasse un peu. En tout cas, ce n'est pas une mesure de gauche. Nous n'avons pas voté pour cette gauche-là!"
