Les négociations touchent à leur fin. Les deux syndicats majoritaires de TotalEnergies, la CFE-CGC et la CFDT, ont signé vendredi 14 octobre l'accord sur les salaires négocié dans la nuit. Ce dernier prévoie une hausse de 7% sur 2023 rétroactive au 1er novembre 2022. "Dans le cadre de cette enveloppe, tous les ouvriers et techniciens bénéficieront d'une augmentation générale de 5% avec un plancher de 2000 euros pour les plus bas salaires, et tous les cadres d'une garantie d'augmentation de 3,5% et d'un plancher d'augmentation de 2000 euros, détaille TotalEnergies dans son communiqué. Enfin, concernant la prime pour le partage de la valeur d'un mois de salaire accordée par la compagnie, qui sera versée en décembre, l'accord prévoit un plancher de 3000 euros et un plafond de 6000 euros".

Pour Geoffrey Caillon coordinateur de la CFDT, "valider cet accord, c'est aussi demander à tout le monde d'apaiser le climat". De son côté, la direction souligne qu'il s'agit d'un accord "majoritaire" et appelle à la "fin de la grève sur l'ensemble de ses sites".

LIRE AUSSI : Pénurie de carburant : "Le symptôme de deux France qui vivent sur des planètes différentes"

En grève depuis 18 jours, les salariés de TotalEnergies ont voté ce vendredi la poursuite du mouvement social après le rejet par la CGT du projet d'accord sur les hausses de salaires. Le mouvement a été reconduit sur les cinq sites de TotalEnergies après des votes à la mi-journée, a confirmé le coordinateur CGT Eric Sellini. La grève a en revanche été levée tôt vendredi dans les deux seules raffineries françaises d'Esso-ExxonMobil à Gravenchon, en Normandie, et à Fos-sur-Mer.

La CGT contre l'accord

Sous pression du gouvernement, TotalEnergies, avait convié des négociations cette nuit pour la première fois depuis le début de la grève le 27 septembre. Si un compromis semblait possible entre la CFDT et la CFE-CGC, qui s'étaient déclarées favorables à la dernière proposition de la direction d'une augmentation, selon eux, de 7% dès novembre et de 3000 à 6000 euros de primes, la CGT, à l'origine du mouvement social qui a provoqué une rare pénurie d'essence en France, a claqué la porte des négociations en dénonçant par avance l'accord des deux autres syndicats, forts de 56% de représentativité à eux deux. "Ça ne changera rien à l'état d'esprit et à la détermination des grévistes", prédisait Alexis Antonioli, secrétaire général CGT, espérant désormais "la généralisation du mouvement."

LIRE AUSSI : Grève chez TotalEnergies : "La fédération Chimie de la CGT est l'une des plus combatives"

"Nous, on demande 10%", une hausse correspondant à "l'inflation plus le partage des richesses, puisque Total se porte bien et que les actionnaires ont été servis depuis longtemps", a souligné le leader cégétiste Philippe Martinez. "Pour le moment, 5% c'est loin de 10% (...) Les salariés n'acceptent pas la proposition de la direction, il faut renégocier", a-t-il ajouté.

Mardi prochain devrait ainsi être l'occasion d'une journée de grève nationale, des transports aux fonctionnaires, suite à l'appel jeudi de quatre syndicats (CGT, FO, Solidaires, FSU) et de plusieurs organisations de jeunesse. Cette grève doit toucher en particulier la SNCF et la RATP. Plusieurs centrales nucléaires ont également été touchées mercredi par des mouvements sociaux portant sur des revendications salariales.

29% des stations-service en manque d'essence

Les pénuries de carburant se sont installées dans plusieurs régions, mettant les nerfs des automobilistes à vif. Selon le ministère de la Transition énergétique, jeudi à 17h, 29,1% des stations manquaient d'un ou plusieurs carburants, à peine moins que la veille (30,8%). Certaines régions sont particulièrement touchées comme les Hauts-de-France, l'Ile-de-France et le Centre Val-de-Loire (où la proportion monte à 44,7%). Pour faire face à cette pénurie, le gouvernement a lancé jeudi la réquisition du personnel du dépôt de carburants TotalEnergies de Flandres près de Dunkerque (Nord) après celle d'un site d'Esso-ExxonMobil.

LIRE AUSSI : Pénurie de carburant : "Les réquisitions peuvent apporter une bouffée d'oxygène"

"La réquisition c'est l'escalade" regrettait jeudi sur France Inter le numéro un de la CFDT Laurent Berger, mais "l'appel à la grève, ça change quoi à la fin ? Ça ne change rien". "On va accélérer notre processus de mobilisation", abondait alors Céline Verzeletti, secrétaire confédérale de la CGT. De nombreux militants syndicaux seront comme elle présents à la manifestation "contre la vie chère" organisée par la Nupes dimanche 16 octobre, avant peut-être l'organisation d'une journée commune des partis de gauche et des syndicats, plus tard.

Selon un sondage Elabe pour BFMTV, seule une courte majorité de Français approuvent la mobilisation des salariés de TotalEnergies et ExxonMobil (42% approuvent, 40% désapprouvent, 18% y sont indifférents). La CGT ne craint-elle pas avec ces grèves et manifestations de se mettre à dos les Français, pour beaucoup excédés des difficultés à faire le plein ? "Bien sûr que quand on fait une heure de queue à la station-service on est énervé. Mais la question du partage des richesses est dans la tête de tout le monde", argue Céline Verzeletti.