Il y a d'abord les faits, alarmants. Alors que les Etats-Unis enregistrent plus de 270 000 cas de Covid-19 par semaine, d'autres virus respiratoires menacent de mettre le système de santé américain sous haute tension. En effet, quelque peu oubliées ces deux dernières années, les épidémies de grippe et de bronchiolite font leur retour, plus tôt que prévu et simultanément. Pablo Murcia, professeur de virologie intégrative à l'université de Glasgow, n'hésite d'ailleurs pas à confier dans le Wall Street Journal que "lors de la prochaine saison hivernale, la charge des infections sera élevée".
En ce qui concerne le virus respiratoire syncytial, responsable de la bronchiolite, l'hiver est déjà là. Les services pédiatriques du pays sont submergés et Juan Salazar, médecin en chef d'un hôpital pour enfants du Connecticut, avoue sur la chaîne CNN n'avoir "jamais vu ça". Très contagieux, le VRS se transmet de la même façon qu'un rhume, dont il partage les symptômes. Mais il présente un risque chez les nourrissons de moins de deux ans, qui voient leurs bronchioles - les bronches des très jeunes enfants - sévèrement attaquées par le virus. La grippe, elle, fait également un retour remarqué, après deux saisons hivernales en retrait. Directeur du centre national pour l'immunisation et les maladies respiratoires, José Romero affirme à l'AFP que les Etats-Unis sont actuellement confrontés au "plus haut taux d'hospitalisations liées à la grippe depuis une décennie".
Un risque de "co-infections" ?
Il y a ensuite les raisons, pas encore totalement définies. Pourquoi l'hiver 2022 pourrait-il voir déferler une triple épidémie, aux Etats-Unis, mais aussi ailleurs ? Les médecins s'accordent à constater une différence par rapport à l'ordinaire, les différentes infections virales ayant plutôt l'habitude de se succéder et non de se cumuler, comme c'est actuellement le cas. Ils proposent plusieurs pistes de réflexion. "Le port du masque, le respect des gestes barrières et la limitation des déplacements a freiné la propagation du virus de la grippe, mais à partir du moment où tout cela disparaît, on observe logiquement un retour des contagions", indique à L'Express Yves Buisson, président de la cellule de veille scientifique Covid-19 de l'Académie nationale de médecine.
Pour l'épidémiologiste Katelyn Jetelina, interrogée par le Wall Street Journal, "le Covid-19 peut avoir un temps empêché la transmission du virus de la grippe, mais maintenant que le Covid a atteint un plateau, la grippe revient". Le professeur Aubree Gordon, épidémiologiste à l'école de santé du Michigan, a, elle, dans le même journal, estimé que les trois virus avaient "peu d'interférences entre eux", et qu'ils pouvaient donc "se chevaucher, provoquant des co-infections".
Si chacun de ces virus n'est pas plus dangereux que par le passé, la combinaison de deux, voire des trois, peut mener à de graves conséquences. De plus, le docteur Ellen Foxman, du laboratoire d'immunologie de l'université de Yale, craint dans le Wall Street Journal que "l'infection d'une personne par l'un de ces virus ne la rende plus vulnérable à une contamination par un autre virus similaire". Un espoir subsiste néanmoins, selon le journal américain : celui d'une capacité de résistance résidant dans ce qu'on appelle la réponse immunitaire innée. Lorsqu'un agent étranger pénètre dans notre organisme, notre corps réagit instinctivement, avant d'adapter ses défenses au mal en question. Cette première réponse du corps pourrait empêcher deux contaminations conjointes.
Il y a, enfin, le bon réflexe de protection à adopter : la vaccination. "Les personnes vaccinées contre la grippe et le Covid sont protégées contre les formes graves de ces deux maladies", rappelle Yves Buisson. Un conseil en forme d'anticipation aux difficultés à venir, car la situation, aujourd'hui préoccupante aux Etats-Unis, pourrait bien demain devenir celle de la France. Sur le front du Covid-19, le taux de positivité reste élevé en métropole. Concernant la bronchiolite, elle est, selon Santé publique France, dans une phase "d'augmentation très importante, rapide et précoce", tandis que la grippe, encore à son niveau de base, devrait se déployer au fil de l'hiver, si l'on en croit la situation dans l'hémisphère sud, souvent révélatrice de nos lendemains.
