Oussama Ben Laden était le membre d'une famille très riche. Et les enfances les plus malheureuses ne mènent pas toutes au terrorisme. Celle de Chérif et Saïd Kouachi, qui commence à être racontée, apporte cependant un éclairage sur les hommes qu'ils sont devenus. Le site d'information Reporterre, créé par un ancien du Monde, a publié un reportage édifiant ce jeudi sur l'enfance tragique des deux frères, fondée sur les témoignages d'anciens voisins du 156, rue d'Aubervilliers. C'était au début des années 1990. Ils habitent alors avec une mère qui ne s'occupe pas d'eux et connue pour pratiquer la prostitution.

>> A lire sur Reporterre: L'Enfance misérable des frères Kouachi

Le témoignage le plus touchant est celui d'Evelyne, qui a monté une association pour proposer des sorties aux enfants désoeuvrés de l'immeuble. Parmi eux se trouvent Chérif, né en 1982, décrit comme turbulent, et son frère aîné de deux ans, Saïd, plus discret et "pleurnichard". "J'adorais [Chérif]. Il suffisait qu'on le cajole, qu'on le prenne dans les bras pour qu'il se calme. Moi je l'ai trouvé touchant, ébahi comme tous les autres par la bande à Mickey (référence à une sortie à Eurodisney, ndlr)", raconte-t-elle.

"Un repère de pédophiles"

Le reste est sordide. Une voisine se souvient que "les enfants étaient tellement laissés à l'abandon, que le 156 était devenu un repère de pédophiles. Ils passaient le soir, les gamins étaient livrés à eux-mêmes sur le parking. Les parents ne les cherchaient pas".

Que font les services sociaux? Ils ne cessent de changer de têtes, selon Evelyne. "Le but était de parquer là les pauvres. Et personne ne s'en occupait. Les assistantes sociales démissionnaient une à une. Elles avaient trop de boulot par chez nous." Chérif, "comme il n'avait pas de papa et une maman absente, était le souffre-douleur" de l'immeuble, précise Evelyne.

Chérif découvre sa mère morte

Les frères Kouachi quitte le "156" en 1994 après le décès de leur mère. Selon Reporterre, ce serait Chérif qui aurait découvert chez eux, un "midi", sa mère morte, probablement d'un suicide par médicaments. Ils sont rapidement placés, jusqu'en 2000, dans un Centre de prise en charge de la Fondation Claude-Pompidou, en Corrèze.

"S'il avait eu une enfance heureuse, serait-il devenu un terroriste? se demande Evelyne. Chérif était un enfant comme les autres. Mais il n'aura pas reçu d'amour... Il a trouvé dans le fanatisme religieux la famille qu'il n'a jamais eue. En même temps, c'est facile de s'en prendre à des gamins aussi isolés et fragiles. Personne n'était là pour le remettre dans le droit chemin."