Alors que la crise sanitaire actuelle a relancé, en France comme ailleurs, le débat sur la souveraineté économique et l'indépendance industrielle des États, nous avons quelques difficultés, en France, à cerner s'il existe une stratégie industrielle et à en comprendre les contours. Les exemples fleurissent ces dernières semaines.

En effet, alors même qu'il y a quelques années Alstom s'était "offert" le canadien Bombardier, les pouvoirs publics, au premier rang desquels l'actuel occupant de Bercy, Bruno Le Maire, annonçaient pourtant qu'ils mettraient un véto, au nom de la souveraineté alimentaire de notre pays (sic), au rachat par des Canadiens de Carrefour. Plus récemment encore, Bercy réussissait à se sortir de la curieuse stratégie, pourtant initialement soutenue par lui, de "rapprochement" des Chantiers de l'Atlantique avec l'italien Fincantieri au risque de voir s'opérer des transferts des compétences vers l'Italie ou la Chine.

En fait, nous cherchons la véritable cohérence de ces positionnements "au coup par coup industriel" de la part de ceux qui doivent en premier lieu assurer la constitution et l'avenir de fleurons nationaux. Ainsi, la récente annonce d'un projet de reprise de Suez par les fonds d'investissement Ardian et Global Infrastructure Partners, dont les détails sont à ce jour maintenus secrets, interroge à plus d'un titre ; le silence de l'État actionnaire plus encore.

Des doutes sur le chevalier blanc de Suez

Car l'entrée au capital de ces deux acteurs d'une entreprise française comme Suez pose question. Pourquoi aller chercher un investisseur américain, avec des exigences de rentabilité financière qui devront être précisées et dont la préoccupation première est loin d'être la construction d'un champion français, engagé pour la transition écologique ?

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Plus surprenant encore au moment même où la nouvelle administration des États-Unis rejoint l'accord de Paris pour le Climat, comment ne pas s'émouvoir que l'on se tourne, comme allié, vers un milliardaire proche de l'ancien président Donald Trump, à la tête d'un fonds investi dans les hydrocarbures.

Alors que l'histoire de la fusion GDF-Suez, il y a quinze ans, était motivée par le souci de ne pas voir Suez tomber dans le giron d'une entreprise étrangère, pourquoi ne pas s'atteler à privilégier une solution 100% française telle que Veolia la propose pourtant ! Et pourquoi ne pas réaffirmer fermement les enjeux stratégiques pour la souveraineté nationale, particulièrement en matière d'environnement ?

Il est donc à souhaiter que "l'État stratège" mettra autant d'énergie à défendre, dans le domaine de l'environnement et de la transition énergétique, les enjeux nationaux, tant du point de vue économique qu'en termes d'emplois et d'investissements, qu'il ne l'a fait dans la grande distribution ? Et d'être un acteur dans la défense des entreprises françaises pour assurer, avec autant de conviction que pour notre souveraineté alimentaire, notre souveraineté environnementale...