Faut-il parler de faille dans le système législatif suisse ? Un homme allant sur ses 64 ans a modifié au début de l'année son prénom et son sexe auprès de l'état-civil de sa commune, dans le canton de Lucerne. Désormais, cet ancien monsieur est une dame. Pourquoi ce changement ? Pour pouvoir percevoir sa pension de vieillesse un an plus tôt. En effet, en Suisse, l'âge légal de départ à la retraite est de 64 ans pour les femmes et de 65 ans pour les hommes. Le journal Luzerner Zeitung, qui rapporte cette histoire rocambolesque, est formel : ce changement de sexe, ou de genre, comme on voudra, a pour seule motivation l'intérêt matériel.
Comment a-t-on pu en arriver là ? En 2020, le Parlement suisse a voté, sans que cela donne lieu à des débats houleux, une loi facilitant le changement de sexe sur simple déclaration auprès des services administratifs communaux. Il n'en coûte que 75 francs (72,50 euros). Avec la nouvelle loi, entrée en vigueur ce 1er janvier, nul besoin, comme auparavant, d'examens psychologiques ou hormonaux. Un bref entretien suffit, qui permet de s'assurer de la santé mentale apparente de la personne requérante.
Effets pervers
Certains se demandent si cette législation assouplie, qui place "la Suisse à l'avant-garde de l'autodétermination en Europe en matière de genre", comme le soulignait la journaliste Delphine Gendre ce vendredi matin à la Radio suisse romande, ne va pas donner lieu à des effets non souhaités, comme certains parlementaires de droite s'en étaient inquiétés avant le vote.
Dans sa chronique, Delphine Gendre évoque plusieurs cas de figure. La rente de veuve est plus généreuse pour une femme que pour un homme. Un veuf pourrait ainsi avoir intérêt à se déclarer veuve. Et qu'en sera-t-il du service militaire ? En Suisse, il est obligatoire pour les hommes, pas pour les femmes. Là aussi, pour y couper, une déclaration de changement de sexe suffirait-elle ? La question a été posée par le président des jeunes PLR (droite) aux autorités du canton du Zurich. Il attend toujours une réponse.
Pour notre consoeur helvétique, relevant l'ironie de situations où le genre défavorablement discriminé n'est pas celui qu'on pourrait croire, "il semble qu'il soit administrativement plus avantageux pour un homme de devenir une femme" que l'inverse.
Le cas rapporté par la Luzerner Zeitung, s'il devait faire des émules, pourrait contraindre le Parlement suisse à revoir sa copie. Pour éviter que le genre ne devienne chez quelques-uns un gadget opportuniste de ce qu'on appelait autrefois la société de consommation.
