Il s'est dit "bouleversé" par l'histoire du bébé rom de Champlan que le maire refuse d'enterrer dans sa commune. Le Défenseur des droits, Jacques Toubon, a indiqué ce dimanche au micro de France Inter qu'il pourait se saisir du dossier. Pour le premier ministre, c'est inacceptable: "refuser la sépulture à un enfant en raison de son origine: une injure à sa mémoire", mettant clairement en cause la décision de la mairie de Champlan.
La veille, on apprenait que Christian Leclerc, le maire divers droite de la petite commune de l'Essonne, avait refusé l'inhumation à une petite fille rom de 2 mois décédée le lendemain de Noël de la mort subite du nourrisson. Le maire avait alors invoqué un manque de place, et une priorité donnée "à ceux qui paient leurs impôts locaux", rapporte Le Parisien.
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"Sur un plan humain je suis bouleversé, stupéfait par cette nouvelle", a-t-il déclaré, prenant toutefois des précautions: "En même temps, en tant que défenseur des droits, dans une situation comme celle-là je dois avoir toutes les informations pour juger", a-t-il ajouté. Jacques Toubon a souligné que la question des "discriminations devant la mort" avait déjà été prise en compte par le Défenseur des droits par le passé.
Parmi les leviers dont il dispose, le Défenseur des droits peut mettre en oeuvre des "solutions contraignantes" pour "recommander à l'administration de prendre des sanctions contre une personne physique ou morale, publique ou privée, soumise à autorisation ou agrément administratif, qui serait à l'origine d'une discrimination", indique son site internet.
Michèle Barzach, présidente d'Unicef France, a de son côté martelé que "cette discrimination jusque dans la mort est abjecte. Les enfants Roms sont déjà l'objet en Europe et sur notre territoire d'une stigmatisation et d'un rejet violant tous les principes les plus élémentaires d'humanité et d'égalité, ainsi que la Convention des droits de l'enfant que la France a été l'une des premières à ratifier il y a 25 ans. L'affaire de Champlan franchit un nouveau pas dans l'inacceptable".
"Inhumaine humiliation"
Avant Jacques Toubon, plusieurs personnalités politiques ont réagi pour s'indigner face à la décision du maire de Champlan, à droite comme à gauche. Laurence Rossignol, secrétaire d'Etat à la Famille, a décrit sur Twitter une "inhumaine humiliation".
Quant à Guillaume Garot, député PS de Mayenne, il invite à mener le "combat des valeurs".
Ian Brossat, adjoit PCF à la mairie de Paris, évoque quant à lui la "honte".
Nathalie Goulet, sénatrice centriste de l'Orne, rappelle que le maire de Champlan est chevalier de la Légion d'honneur et dit sa "nausée".
Le bébé sera finalement enterré lundi à Wissous. Richard Trinquier, le maire UMP de cette commune voisine de Champlan, a expliqué que "par simple souci d'humanité, on ne pouvait pas laisser cette situation dans cet état. Une mère qui a porté un enfant pendant neuf mois et qui le pert à deux mois et demi, ce n'est pas la peine d'aggraver sa douleur".
