Chérif Kouachi venait-il souvent dans votre mosquée?

Disons occasionnellement. Mais il ne s'investissait pas dans la vie associative et ne participait à aucune des manifestations que nous organisons. Parmi les 3000 fidèles de notre établissement, il avait une apparence quelconque. Il s'habillait comme un jeune normal, mettait une tunique de temps en temps, ne faisait pas de prosélytisme.

Qu'en est-il pour sa femme ou son frère aîné Saïd?

Ce n'est pas impossible qu'ils l'aient accompagné de manière occasionnelle. S'ils sont venus, je ne les ai pas remarqués.

Avait-il des connaissances au sein de la mosquée?

Personne l'ayant connu directement ne s'est manifesté. Quand nos fidèles ont appris les événements, il y a eu de la stupeur et de l'étonnement.

Il semblerait qu'un incident se soit produit en 2012. Que s'est-il passé?

C'était pendant la campagne présidentielle. Alors que notre imam demandait à chacun de s'investir dans cette élection d'y prendre part, Chérif Kouachi s'est levé et a exprimé son opposition. Il était contre cette idée. Selon lui, les musulmans n'avaient pas à s'investir dans un événement politique. Il a alors quitté la salle de lui-même, raccompagné vers la sortie par des membres de la mosquée. Il n'est plus revenu par la suite. Sans cet incident, on ne l'aurait pas remarqué.

Quelle est votre réaction à la suite des attentats?

Nous condamnons sans aucune ambiguïté ces horribles actes. Nous exprimons notre solidarité. Nous étions présents à la marche d'hommage et de soutien aux victimes dimanche. Les musulmans font partie de la nation.

Comment réagissez-vous à la nouvelle une de Charlie Hebdo" parue cette semaine?

Nous répondons en l'ignorant et nous préconisons de faire de même. Nous sommes contre la représentation du Prophète, même si la dernière est moins insultante et que nous en avons compris l'expression de tristesse. Les précédentes étaient dégradantes. A l'insolence, nous répondons par le silence. Ce n'est pas une lâcheté mais une sagesse.

Pensez-vous que les caricaturistes se trompent de cible?

Je regrette que ces caricatures de notre religion se fassent par le prisme des extrémistes. Elles sont blessantes et atteignent les musulmans "normaux". Il faudrait caricaturer les chefs des réseaux extrémistes et non le Prophète.

Que pensez-vous du mouvement "je suis Charlie"?

Il faut faire attention à l'amalgame des solidarités et à la dictature des bien- pensants. Si c'est par solidarité avec certaines oeuvres caricaturant le Prophète, alors je ne suis pas Charlie. Je le deviens si c'est pour prendre la défense de la liberté.