C'est décidé : cette année, il n'y aura pas d'emballages cadeaux multicolores sous le sapin d'Auriane. Ni de livres sortis tout droit d'un colis Amazon, ni de produits issus des rayons d'une grande enseigne de distribution. Dans le salon familial, il n'y aura même pas de sapin du tout - depuis quelques années, le traditionnel arbre coupé a été troqué contre un sapin "plat", composé d'une grande planche de bois creusée et de boules décoratives. "Ma mère devenait folle en voyant tous ces arbres morts et 'gâchés' s'entasser dans les rues juste après les fêtes", justifie Auriane, bien décidée à passer un Noël "un peu plus écolo" que d'habitude.

"Tout ne sera pas parfait, on sait bien qu'on ne peut pas faire du recyclable à 100%", prévient d'avance cette Parisienne de 25 ans. Mais pour respecter au maximum ses convictions écologiques, Auriane a accepté d'adapter sa consommation durant cette période de fêtes. La plupart de ses cadeaux seront de seconde main, emballés dans un papier recyclé et "en parfait état" : de la vaisselle chinée dans une recyclerie, une jolie robe "à cinq euros" à laquelle donner une seconde vie, des livres distribués par ses voisins dans le hall de l'immeuble... "Ce sont des petites attentions, certes, mais je sais d'avance qu'elles plairont", fait valoir Auriane. "Et surtout, ça m'évite d'aller acheter des milliards de livres dans des grandes enseignes".

"Acheter pour acheter'"

Une tendance "éco-responsable" que la jeune femme est loin d'être la seule à pratiquer : selon un sondage réalisé en décembre par l'entreprise de paiement sécurisé entre particuliers Obvy, près de 49% des Français ont l'intention d'acheter des produits d'occasion pour gâter leurs proches durant les fêtes. Et la méthode semble être de plus en plus acceptée : près de 79% des Français ayant déjà reçu des biens de seconde main pour les fêtes disent ne pas s'en être sentis offusqués. "Ça permet d'offrir des cadeaux de plus grande qualité, que je n'aurais jamais pu me permettre d'acheter neufs", abonde Marine, jeune cadre parisienne. "Attentive" à sa consommation, elle raconte avoir cédé "petit à petit" à cette nouvelle pratique. "Au final, on se rend compte que ça ne change rien : les produits sont le plus souvent impeccables, et cela permet de consommer durable".

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Pour elle, les cadeaux responsables ne se limitent d'ailleurs pas aux sites de revente en ligne ou aux recycleries : Marine a également choisi la période de Noël pour initier ses proches à un comportement plus respectueux de l'environnement. Des gourdes réutilisables pour certains de ses proches, des affiches achetées directement à une illustratrice locale plutôt que "celles que l'on trouve dans les grandes surfaces", des cadeaux emballés dans du tissu selon l'art japonais du "Furoshiki"... "Le but, c'est surtout d'éviter au maximum le piège du fameux 'acheter pour acheter', avec une règle précise : pas de fast fashion, pas d'objets en plastique inutiles, pas de produits importés du bout du monde", explique-t-elle.

"Cette forme de consommation se développe de façon assez impressionnante, on le voit année après année", commente Fanny Ducamp, directrice de l'association Voisinages, spécialisée dans la récupération, le tri et la revente de textiles et d'objets dans la région de Soustons (Landes). Alors que la structure a récemment fêté ses 25 ans, sa gérante témoigne d'un engouement "plutôt récent", "qui touche désormais Monsieur et Madame Tout le Monde". "Ils viennent acheter du textile, des meubles, de l'électro-ménager, des jouets pour enfants, des vélos, des livres... C'est un acte militant, mais il n'y a pas que ça : c'est une démocratisation de l'achat d'occasion, c'est vécu comme quelque chose de tendance", témoigne Fanny Ducamp. Les chiffres parlent d'eux-mêmes : en un an, l'organisme est passé de 2000 à plus de 3800 adhérents. "Aujourd'hui, on revendique d'acheter éco-responsable pour les fêtes. C'est un vrai sujet, et il ne faut pas passer à côté", conclut la directrice, qui n'emploie par ailleurs au sein de son association que des salariés en situation de réinsertion professionnelle.

"Tout le monde finit par se sentir concerné"

"Un Noël plus responsable, ça passe par plein de petites choses faciles à mettre en place, qui ne tuent pas pour autant la magie des fêtes", glisse de son côté Carole-Anne, qui a choisi de partager avec les internautes ses astuces pour consommer de manière plus réfléchie. Emballages recyclables, foie gras vegan, arbres de Noël "durables"... Via un groupe Facebook créé il y a un an, cette mère de famille publie tous les réflexes d'un Noël "zéro déchets". Et le succès est au rendez-vous : en douze mois, la page rassemble déjà plus de 6000 personnes.

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"La plupart du temps, ce sont des jeunes entre 25 et 34 ans, très sensibilisés aux problématiques de consommation durable", indique Carole-Anne. "Mais, de plus en plus, on voit des quarantenaires se connecter régulièrement, voire des personnes âgées entre 55 et 64 ans. Tout le monde finit par se sentir concerné, d'une manière ou d'une autre".

Inspirée par les idées originales de ses différents membres, Carole-Anne avoue même aller "un peu plus loin" dans sa manière d'appréhender un réveillon plus écolo. Cette année, ses fenêtres ne seront pas recouvertes de stickers en plastique ou de fausse neige industrielle, mais d'une peinture "faite-maison" avec les gouaches de sa fille, tandis qu'une plante verte lui servira d'arbre de Noël. Et la traditionnelle pintade, elle, sera remplacée par un repas intégralement composé d'aliments commandés via 'Too good to go', une application anti-gaspi permettant d'acheter en dernière minute des produits destinés à être jetés. "Au final, on se régalera tous autant avec des fruits et légumes 'moches' qu'avec des produits de grande surface, et ma fille aura toujours des yeux émerveillés en ouvrant des paquets cadeaux recyclés - la couleur ou la texture n'y changera rien", souligne Carole-Anne. "Et si tout le monde changeait deux ou trois petites choses, sans se mettre la pression, ça pourrait faire une réelle différence".