Plusieurs cortèges ont ouvert la rentrée syndicale ce jeudi à Paris, Nantes, Rennes ou Bordeaux à l'appel de la CGT, de Solidaires et de la FSU, contre les suppressions d'emploi et pour des hausses de salaires, au moment où se multiplient les restructurations et plans sociaux.

Covid oblige, les organisateurs ne s'attendent pas à une forte affluence, mais jugent ce "premier" appel nécessaire pour permettre aux salariés de se "retrouver ensemble", après des mois de restrictions liées au coronavirus. A Paris, un gros encadrement policier était mobilisé. Plusieurs milliers de manifestants ont démarré peu après 14 heures, tous masqués mais sans grand respect de la distanciation sociale, pour défiler de la place de la République à Nation.

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"Il y a beaucoup de colère, et en même temps le climat est anxiogène", a jugé le leader de la CGT Philippe Martinez, en tête du cortège avec un masque blanc siglé CGT. "Vous avez vu le nombre de groupes qui annoncent des suppressions d'emploi ? La crise sanitaire, elle a bon dos. Auchan, ils ont pas arrêté de travailler pendant le confinement, et là ils virent 1.500 personnes", a-t-il ajouté.

Pour Benoît Teste de la FSU, il est difficile de mobiliser dans l'éducation "parce que l'heure est aux préoccupations locales d'urgence, les gens ont la tête dans le guidon aujourd'hui (...) En cette rentrée, les gens sont déjà fatigués". "Il est difficile de se faire entendre mais ça n'a jamais été autant nécessaire", souligne le secrétaire général de la FSU, pour qui il est "important" de "ne pas laisser s'installer l'idée que manifester serait aller à l'encontre de l'unité nationale".

A Toulouse dans la matinée, la CGT recensait 3000 manifestants (1400 selon la police). Ils étaient plusieurs centaines à Marseille ou à Montpellier. A Bordeaux, où 850 personnes défilaient selon la préfecture, Lionel Gaillard, salarié chez GFT à Blanquefort, que Ford vient de quitter et de laisser au seul Canadien Magna est amer: "Ford s'est cassé par la petite porte (fin août) et nous sommes inquiets pour la continuité de l'entreprise", dit-il. Laure, 32 ans, kinésithérapeute, note que "des choses ont finalement été mises en place pour les professions de santé mais nous, dans le médico-social, nous sommes les oubliés".

"Dès qu'il y a un problème, on licencie d'abord, et on réfléchit après. Nous, on propose de réfléchir d'abord et après de prendre des mesures en fonction des réalités", a déclaré samedi sur RTL Philippe Martinez, numéro un de la CGT, qui voit ce jeudi comme une occasion pour les salariés de "se défendre".

"Il faut absolument mettre une pression"

Ces dernières semaines les annonces de plans sociaux ou de restructurations se sont multipliées : de l'enseigne d'ameublement Alinéa en passant par Nokia, BFMTV/RMC ou encore Auchan. Au 13 septembre, 394 plans de sauvegarde de l'emploi (PSE), représentant jusqu'à près de 57.000 emplois, avaient été recensés depuis mars, contre 249 sur la même période l'an dernier.

Dernier en date, le gouvernement a vertement condamné mercredi la décision du Japonais Bridgestone de fermer en 2021 son site de Béthune (Pas-de-Calais) où travaillent 863 personnes, parlant de "trahison". Ce jeudi, le ministre de l'Économie Bruno Le Maire a évoqué une décision "révoltante".

"Ça ne suffit pas de râler, d'être en colère ou de montrer du doigt. Il faut plus que ça", s'est emporté Philippe Martinez, réclamant sur LCI que les entreprises touchant des aides publiques signent "un genre de pacte" où elles s'engagent à créer des emplois. "Il faut absolument mettre une pression" sur Bridgestone, a renchéri son homologue de FO, Yves Veyrier, sur Europe 1.

La CGT avait lancé son appel à mobilisation le 9 juillet, près de deux mois avant l'annonce d'un plan de relance de 100 milliards d'euros, qui a déçu les syndicats. Ce plan, "annoncé en grande pompe, ne s'adresse qu'aux entreprises, qui pourront notamment bénéficier d'une exonération d'impôts de production à hauteur de 10 milliards d'euros par an et cela sans aucune condition ni contrepartie", regrettent la CGT, la FSU, Solidaires et les organisations de jeunesse Fidl, MNL, Unef et UNL, organisateurs de la mobilisation.

"Pas de mouvement de foule"

Parmi les revendications: hausses de salaires, abandon "définitif" des réformes des retraites et de l'assurance chômage, réduction du temps de travail "sans perte de salaire", augmentation du Smic...

L'interdiction de rassemblement de plus de 5000 personnes reste en vigueur pour éviter la propagation du virus mais les autorités ont jusqu'à présent fermé les yeux sur les dépassements, tant pour les manifestations des "gilets jaunes" le 12 septembre, que pour les mobilisations des personnels hospitaliers en juin-juillet, qui avaient réuni jusqu'à des dizaines de milliers de personnes.

Des préavis de grève ont été déposés à la SNCF et RATP mais le trafic est globalement normal. A La Poste à la mi-journée, la direction recensait 1,95% de grévistes. A Nice en revanche, il n'y avait pas de tramway, peu de bus et de trains mais beaucoup d'embouteillages. De nombreuses crèches étaient fermées, et les services de cantine pas toujours assurés dans les écoles.