Plus question de jouer en fond de cours. Le padel, sport de raquette de plus en plus prisé puisqu'il qui compterait aujourd'hui 50 000 pratiquants en France, monte à la volée en faisant une entrée remarquée à Roland-Garros. Entre le 11 et le 17 juillet, le célèbre temple du tennis accueillera le Greenweez Paris Premier Padel Major, grande compétition internationale qui verra s'affronter les 56 meilleures "paires" (équipes de deux joueurs) au monde. Le très chic stade, niché entre le Bois de Boulogne et le XVIe arrondissement parisien, bouscule un peu ses codes pour l'occasion.

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En cette matinée du 6 juillet, à quelques jours du lancement, un terrain de pétanque est en train d'être installé sur la fameuse place des Mousquetaires, et des food-trucks viendront bientôt se garer à proximité. "On souhaite coller à l'esprit de ce sport fun et ludique qui est un peu au tennis ce que le snowboard est au ski", explique Arnaud Di Pasquale, directeur de l'événement, tout en jetant un oeil aux aménagements effectués sur le cours Philippe-Chatrier, le fameux "central" également réquisitionné. "Là on est en train de recouvrir la terre battue d'une couche de protection et de bois", explique le responsable. Sur cinq autres terrains alentours, des cages rectangulaires de 10 mètres sur 20 ouvertes sur le ciel, entourées de parois transparentes et de grillages, et divisées en leur milieu par un filet, ont déjà été montées pour l'occasion. L'une de ces pistes sera consacrée à des séances de démonstration et d'initiation pour les visiteurs qui souhaiteraient s'y essayer.

Car l'intérêt de cette compétition est aussi, et surtout, d'attirer l'attention sur une pratique encore réservée à une communauté - certes de plus en plus grande - d'initiés. D'ailleurs, à l'évocation du mot padel, de nombreux novices ouvrent encore de grands yeux étonnés : "Padel, comme ce sport qui consiste à ramer sur une grande planche flottant sur l'eau ?" Non, rien à voir avec le stand-up paddle ! Le padel se rapprocherait plutôt du squash et du tennis. Certains aiment aussi la comparer à un ping-pong géant en raison de sa rapidité d'action. Le principe ? S'échanger des balles à coups de de raquettes (plus petites que celles de tennis et sans cordages) et marquer des points grâce à un savant jeu de rebonds sur toute la surface. Autres particularités, le service s'effectue à la cuillère et ce sport ne se pratique qu'en double. "Sa grande force c'est son côté ludique et accessible. Tout le monde peut s'amuser très vite puisqu'il ne nécessite pas forcément de prérequis techniques", s'enthousiasme Cédric Carité, directeur de la Padel Tennis Academy, un organisme de formation. Et tout le monde peut pratiquer, aussi bien les hommes, que les femmes ou les enfants. "La puissance que l'on y met n'est pas forcément un gage de succès. Dans ce jeu, la stratégie et l'adresse priment souvent sur la force", poursuit celui qui se présente comme un "dinosaure" de cette discipline qu'il a découverte en 1992.

Le deuxième sport national en Espagne

Il y a trente ans, le padel était encore très confidentiel en France. Né en 1974 à Marbella, il a, au contraire, connu un succès fulgurant en Espagne, jusqu'à devenir le deuxième sport national après le football. "Au début des années 2000, l'ancien Premier ministre José Maria Aznar, un féru de padel, a contribué à en faire la promotion. Imaginez si Carla Bruni avait troqué sa guitare contre une raquette de padel... L'histoire aurait été différente chez nous !", s'amuse Cédric Carité. En France, la greffe mettra beaucoup plus de temps à prendre. Il faudra attendre 2013 pour que les clubs privés commencent à investir. Alain Henry, moniteur de padel et gérant du Club du Mas à Perpignan, non loin de la frontière espagnole, fait partie des précurseurs.

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"Au fil des années, mon club de tennis monté en 2012 s'est ouvert à cette discipline. La demande est devenue tellement importante que mes quatre anciens terrains se sont finalement transformés en 10 pistes de padel", explique-t-il. Les raisons d'un tel succès ? "Bon nombre d'infrastructures comme la mienne ont réussi à recréer un peu l'ambiance des clubs des années 1980. On y vient pour jouer mais aussi pour se retrouver, rencontrer de nouvelles personnes, boire un verre ou se restaurer après un match", explique-t-il. Les réseaux sociaux ont également facilité les mises en relation. Les joueurs créent désormais des groupes de niveau via WhatsApp et échangent directement pour organiser des parties. Aujourd'hui, on compte plus de 1 100 pistes et 472 clubs, privés ou publics, sur tout le territoire.

Dans la capitale, où le prix du foncier s'envole, la pratique est certes moins accessible qu'en région. Si l'UCPA vient d'ouvrir deux terrains dans son nouveau complexe sportif du XIXe arrondissement, les autres centres dédiés à ce sport se trouvent plutôt en banlieue parisienne. La Casa Padel à Saint-Denis (Seine-Saint-Denis), qui a vu le jour il y a cinq ans, est le plus grand avec ses 12 terrains couverts. On y trouve aussi un restaurant, des espaces de bien-être et de fitness. "Bref, on a voulu élargir l'offre et créer un lieu de vie", explique son président fondateur José-Manuel Escoin. Une offre qui a un certain coût puisqu'il faut compter 20 euros par personne pour 1h30 de jeu (l'abonnement mensuel est à 99 euros). Les tarifs de région parisienne étant plus élevés que dans le reste de la France. Est-ce à dire que la pratique est réservée à une clientèle de privilégiés ? "Parmi les 500 personnes qui passent chaque jour chez nous, on a des profils extrêmement variés qui vont de l'artisan au salarié CSP+ ou au grand patron", assure José-Manuel Escoin qui accueille également beaucoup de séminaires. "C'est le sport idéal pour renforcer la cohésion de groupe et faciliter les échanges entre les salariés", poursuit-il.

Des ambassadeurs comme Zidane ou Ibrahimovic

Pour Lionel Maltese, maître de conférences à l'université d'Aix-Marseille et consultant en stratégie et marketing événementiel sportif, le modèle économique a de quoi séduire les investisseurs. "Au bout de trois pistes de padel, qui réunissent à chaque fois quatre joueurs, on commence à avoir une rentabilité intéressante", explique ce spécialiste qui prédit un développement touristique de cette pratique dans les années à venir. "C'est un bon sport d'été, un peu comme la pétanque. Il est amené à se développer aussi bien dans les campings que dans les structures hôtelières", poursuit-il.

Il doit aussi sa popularité à certaines personnalités très médiatiques comme l'animateur Cyril Hanouna qui en parle régulièrement dans son émission TPMP. Le monde du sport compte également des ambassadeurs de poids, et pas seulement dans le milieu du tennis. Bon nombre de rugbymen mais aussi de footballeurs stars sont devenus de véritables aficionados, à l'instar de Didier Deschamps ou Robert Pirès. Zinédine Zidane et Zlatan Ibrahimovic en ont même fait un commerce fructueux. "A travers le padel, les champions du ballon rond renouent avec cet esprit d'équipe qu'ils connaissent bien. Ils retrouvent aussi le côté stratégique du foot. Et puis les risques de blessure sont moindres", explique Franck Binisti, rédacteur en chef de Padel Magazine, un journal web qui se décline depuis peu en version papier.

A travers le padel, les champions du ballon rond renouent avec cet esprit d'équipe qu'ils connaissent bien

Reste à savoir si l'engouement pour ce nouveau sport ne sera qu'un feu de paille ou s'il s'installera dans le temps. Et si le lexique du padel ("bandeja", semblable au smash ; "chiquita", autre coup tactique ; "pala", la raquette ...) rentrera un jour dans le langage courant. "C'est plus qu'un effet de mode. Il suffit de regarder ce qu'il se passe à l'échelle mondiale pour s'en convaincre, insiste Franck Binisti. Près de chez nous, il fait un carton non seulement en Espagne mais aussi en Italie ou en Suède devenu le deuxième pays européen en termes d'infrastructures et de nombre de joueurs". Même si Canal + a acquis les droits de diffusion, pas sûr en revanche qu'il attire beaucoup de téléspectateurs lors de la diffusion du Greenweez Paris Premier Padel Major la semaine prochaine.

Dans les pays où ce sport est roi, comme en Espagne, le meilleur joueur de padel n'aura jamais la notoriété d'un Rafael Nadal. La Fédération Française de Tennis, qui a intégré le padel dans son giron en 2014, mise pourtant dessus. Sans la FFT, qui oeuvre activement au développement des clubs associatifs, cette nouvelle compétition - qui vient concurrencer l'autre grand circuit professionnel, le World Padel Tour - n'aurait sans doute pas vu le jour. "Notre grand regret est l'absence de joueuses féminines dans cette édition pour des raisons contractuelles car elles sont liées au World Padel Tour", confie Arnaud Di Pasquale. Pour l'heure un autre sujet le préoccupe : la canicule annoncée cette semaine. "Pas grave, s'il fait très chaud, on ira se rafraîchir au bar ou en terrasse", s'amuse un passionné qui a tout compris à l'esprit padel.