C'est avec enthousiasme que François de Canson, président d'ADN Tourisme et du Comité régional de Tourisme de la région Provence-Alpes-Côte d'Azur, évoque pour L'Express le bilan de la saison touristique estivale en France. Il faut dire qu'il est excellent : 34 millions de personnes sont parties en vacances (+2M par rapport à 2019) et les professionnels du secteur font état d'une augmentation de leur chiffre d'affaires. La preuve, s'il en fallait, que les Français prennent le sujet des vacances très au sérieux, bien que l'inflation atteigne des records et que le Covid-19 n'ait pas disparu.

L'Express: Quel bilan peut-on tirer de la saison touristique estivale en France ?

François de Canson: Un excellent bilan. On peut dire que le désir de vacances l'a emporté sur toutes les problématiques liées à l'inflation : la baisse de pouvoir d'achat, l'augmentation du prix de l'essence... Même les ménages les plus contraints ont souhaité changer d'air. On le remarque en analysant le budget alloué à ces congés : il est de 1 600 euros en moyenne pour quatre personnes, soit 8% de moins qu'en 2019. On constate, pour remédier aux difficultés du moment, qu'ils sont partis moins loin ; certains Parisiens préférant, par exemple, partir en Bretagne ou en Normandie plutôt que dans le Sud. Mais ils sont partis quand même. Quant aux ménages aisés, ils ont quant à eux accepté de payer plus cher l'hôtel. Au total, plus de 34 millions de Français sont ainsi partis en vacances cet été, soit deux millions de plus qu'en 2019 (année pré-Covid, NDLR). Et ce n'est pas fini : quatre Français sur dix ont l'intention de voyager au mois de septembre. L'arrière-saison s'annonce très bonne, selon le principe d'un fractionnement des séjours que nous observons également cette année.

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Quelles ont été les régions plébiscitées par les vacanciers ?

La plupart des régions rapportent de très belles fréquentations. L'espace le plus sollicité demeurant le littoral (atlantique et méditerranéen), qui a concentré 37% des lieux fréquentés par les touristes. Par ailleurs, 24% des Français déclarent s'être rendus davantage qu'en 2021 dans un lieu de baignade proche de chez eux. La région Nouvelle-Aquitaine note une fréquentation française en hausse, tandis que les comités régionaux de tourisme de Bretagne, de Normandie ou encore d'Occitanie font aussi part de très bons niveaux de fréquentation. La région Provence-Alpes-Côte d'Azur a aussi, bien entendu, été plébiscitée par les touristes. En contrepartie, on remarque une perte de dynamique au sein des espaces touristiques situés à l'intérieur des terres. Je pense au Gers ou à la Dordogne, qui étaient très à la mode pendant la période Covid, et qui perdent un peu de leur dynamique.

Quels sont les secteurs particulièrement gagnants ?

Tous les secteurs sortent gagnants de cet été. En ce qui concerne les hôtels, il y a même un paradoxe : dans la région Sud, on note un taux d'occupation au mois de juillet de 82%, soit deux points de plus qu'en 2019, alors même que les prix sont en hausse. C'est bien la preuve que les gens ont fait un effort financier pour partir en vacances. De plus, les étrangers sont revenus, notamment la clientèle américaine, canadienne et du moyen-orient. L'hôtellerie de plein air, c'est-à-dire les campings, va également battre des records. C'est une bonne alternative à l'hôtel quand celui-ci s'avère trop cher. En moyenne, les séjours en camping sont de 11 jours, ce qui est déjà conséquent. Le secteur locatif a aussi explosé puisque 32% d'hébergements supplémentaires ont été mis en location par rapport à 2021. En ce qui concerne les moyens de transport, là aussi, pas de jaloux. La SNCF a battu des records de ventes et devrait boucler l'été avec une hausse du trafic de 10% par rapport à 2019. Le secteur aérien est, enfin, reparti très fort, alors que de nombreux observateurs lui promettaient des années difficiles en raison des conséquences du Covid-19.

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Vous évoquez le Covid-19, a-t-il modifié les pratiques des touristes ?

Les gens ont oublié, ou voulu oublier le Covid-19. On le voit au niveau de la fréquentation des parcs d'attractions, comme Disneyland Paris ou le Puy du Fou. Les gens qui ne sont pas partis en vacances ont tenu à y passer un ou deux jours. Or, dans ces parcs, il y a beaucoup de monde, ce qui facilite la transmission du virus. Cette bonne saison estivale est une bonne nouvelle pour le secteur du tourisme, qui a souffert pendant la période Covid. Même s'il ne faut pas oublier les aides conséquentes fournies par l'Etat et les régions, qui ont permis à beaucoup d'établissements de s'en sortir.

Que vous inspirent ces bons chiffres quant à la place du tourisme en France ?

Le tourisme est un facteur de cohésion social nécessaire en ces temps troublés. Il est nécessaire de développer le tourisme social afin qu'il n'y ait pas d'exclus. Je milite pour qu'une réflexion soit menée sur la relance de grands centres de vacances, que l'on ne voit plus aujourd'hui. On a une politique publique pour l'industrie, pour l'économie, mais pas encore pour le tourisme. Or, il représente près de 10% du PIB de notre pays. Beaucoup de villes, de campagnes, dépendent de ce secteur. La question écologique est, évidemment, à prendre en considération. Et je crois qu'elle l'est. La plupart des régions cherchent en ce moment un équilibre entre l'activité économique et le respect de l'environnement.