A peine les grilles du cimetière de Wissous franchies, Iéléna s'écroule en larmes derrière le corbillard. Il faudra le soutien de plusieurs proches pour l'aider à suivre le véhicule dans lequel repose la dépouille de son bébé de deux mois et demi, Maria Francesca. "Elle va enfin pouvoir reposer en paix", souffle Jacqueline, une connaissance de la famille, les larmes aux yeux. Offrir une sépulture à cet enfant rom, décédé le soir de Noël de la mort subite du nourrisson, a relevé du chemin de croix. La famille a d'abord essuyé le refus de la mairie de Champlan, la commune dans laquelle elle réside, avant d'être accueillie par la ville voisine de Wissous, à sept kilomètres de là.
"J'ai reçu le 31 décembre, un coup de téléphone m'expliquant la situation. J'ai évidemment dit oui, c'est une question d'humanité", a expliqué le maire UMP de Wissous, Richard Trinquier. S'il refuse d'accabler Christian Leclerc, son homologue de Champlan, d'autres l'ont fait pour lui. A commencer par Manuel Valls qui a dénoncé une "injure" à la mémoire de l'enfant. François Hollande a déclaré ce lundi refuser "que la France s'en prenne à l'autre comme ça s'est passé dans ce cimetière". L'intéressé, arguant un malentendu des services administratifs, a finalement proposé à la famille une sépulture. Proposition déclinée par les parents.
Cris de désespoir
Le cortège, constitué d'une trentaine de proches et autant d'élus et d'associatifs, remonte doucement les allées de ce cimetière, niché entre les pistes de l'aéroport d'Orly et la zone industrielle. Un vent glacial balaye le petit cercueil blanc, posé devant la sépulture creusée dans la matinée. Les cris de désespoir de la mère, qui a déjà perdu deux enfants en bas âge, déchirent l'épaisse brume. Seuls les décollages incessants des avions couvrent sa douleur. "Même morte, elle n'est pas tranquille cette gamine", s'indigne Monique, membre d'une association de soutien aux Roms. Elle a croisé la famille une fois, alors que Iéléna était enceinte. "Il vivait dans une très grande précarité, dans des conditions d'hygiène dramatiques. Je me suis demandée, comment, dans de telles conditions, les parents avaient envie d'avoir un autre enfant [ils sont déjà parents de deux petits garçons de 5 et 9 ans, ndlr]. Mais ils étaient si généreux, si gentils... Ils m'ont offert du pain alors qu'ils n'avaient pas grand-chose à manger".
D'autres membres du cortège n'ont jamais rencontré la famille. Certains font partie d'associations de soutien aux Roms, d'autres, à l'instar de Béatrice et Alain, ont découvert dans les médias le calvaire de cette famille. "Nous sommes venus parce que nous sommes révoltés. Quelle est cette société dans laquelle on ne laisse pas des parents faire leur deuil ?" Et Jacques Picard, conseiller général EELV d'ajouter: "Comment le climat ambiant peut déshumaniser des gens au point d'empêcher l'enterrement d'un enfant ?". D'autant, fait remarquer Georges, qui connaissait bien la famille, que les parents l'avait prénommé Francesca car elle était née en France. "Tout un symbole... ", reprend sa femme.
Coup politique?
Mais devant une telle concentration de politiques, les accusations de récupérations vont bon train. "Il fait cela pour redorer son image après la polémique de cet été sur Wissous-Plage", assure Jean, attablé au troquet du coin. "C'est un coup politique, rien de plus", renchérit son voisin. Des accusations que l'édile balaie d'un revers de main. "Ce n'est pas moi qui ai alerté la presse, ce sont les associations qui l'ont fait." "Ce que j'espère, c'est qu'il y aura la même mobilisation lorsque la famille sera expulsée de Champlan. Parce que c'est ce qui leur pend au nez... Mais franchement, j'y crois pas...", s'emporte Eve Desjardin, la présidente de l'association de solidarité en Essonne avec les familles roumaines et roms.
