Toutes les futures ou jeunes mamans la connaissent: la Leche League, association américaine pro-allaitement présente dans près de 70 pays, fait l'objet d'un long développement critique et  fort argumenté dans le livre d'Elisabeth Badinter. La philosophe la dépeint comme l'un des principaux lobbys à l'oeuvre dans le "combat idéologique" que mènent aujourd'hui les tenants du naturalisme, apôtres de la maternité triomphante. Outre ses arguments "classiques" - le lait maternel est meilleur que le lait artificiel, il permet le contact peau à peau avec la mère et il est moins onéreux - l'association a mis au point d'autres armes rhétoriques: l'allaitement est ainsi présenté "comme la parfaite initiation aux bonnes relations parents-enfants, qui renforce le lien familial et au-delà, la cohésion sociale", rapporte Elisabeth Badinter, citant une brochure de La Leche League de 1993: "Chaque mère qui allaite son bébé est une actrice du changement social."

L'auteure évoque aussi un extrait d'une conférence de l'association, dans laquelle il est très clairement recommandé de "protéger le bébé contre les dangers du lait artificiel". Sachant que, d'après la même Leche League, toutes les femmes, sans exception, doivent pouvoir donner le sein aussi longtemps qu'elles le veulent ? tout n'est qu'une question de patience et de volonté, affirme les bénévoles de sa plateforme téléphonique - celles qui échouent dans cette entreprise si chargée d'émotions, de sentiments mêlés et de grosse fatigue sont bonnes pour le pilori. Et on ne vous parle même pas des biberons au bisphénol A...

"Revendiquer ses droits sur un modèle masculin, c'est fini"

Plus sérieusement, Elisabeth Badinter met habilement en lumière le soutien dont jouit la Leche League auprès des plus hautes instances médicales internationales. L'American Academy of Pediatrics, l'Unicef ? l'organisation y a obtenu le statut de consultant ? l'OMS, toutes relaient aujourd'hui le message de la Leche League: allaitement exclusif pendant six mois, puis mixte jusqu'aux deux ans de l'enfant. "Les bonnes élèves sont les Scandinaves, et les cancres les Françaises", note la philosophe.

"Elisabeth Badinter est dans la lignée de Simone de Beauvoir, c'est du féminisme à la française qui refuse la maternité", réplique Bénédicte Opitz, présidente de La Leche League en France. "Revendiquer ses droits sur un modèle masculin comme pendant les années 1970, c'est fini. Les femmes veulent aujourd'hui qu'on prenne en compte leurs spécificités féminines et d'ailleurs, l'allaitement n'est pas incompatible avec des activités professionnelles", ajoute la militante. Et si, loin de l'opposition entre crypto et les néo-féministes si pratique pour évacuer le sujet, les femmes d'aujourd'hui voulaient tout simplement choisir? Pouvoir donner ou pas ce fichu biberon sans se sentir coupables?