Patrice Huerre, coauteur d'Alcool et adolescence. Jeunes en quête d'ivresse (Albin Michel), est chef de service de psychiatrie de l'enfant et de l'adolescent au centre hospitalier Erasme, à Antony (Hauts-de-Seine). Voici ce qu'il préconise lorsque l'ado de la famille est:
Accro aux écrans (ordinateur, télé, téléphone, jeux vidéo)
C'est aujourd'hui la première source de conflit entre parents et adolescents. Avant toute chose, il ne faut pas oublier les aspects positifs d'Internet. Les réseaux sociaux, les blogs, les forums permettent aux jeunes de glaner des réponses à leurs questions existentielles, de ne pas ruminer leur mal-être. Le problème se pose quand l'ado finit par penser que le monde se borne à cet espace virtuel et qu'il se coupe de l'extérieur. Qu'il sacrifie aux écrans ses heures de sommeil, ses autres loisirs et son temps de travail.
Attention, toutefois, à ne pas réagir sur un coup de tête! Un parent qui éteint brusquement l'ordinateur peut déclencher de brusques accès de violence chez son enfant, les jeunes prenant cela comme une intrusion dans leur univers personnel. La meilleure solution est d'anticiper à froid, au début de l'année scolaire, par exemple. Les parents doivent pouvoir fixer des règles, notamment sur le temps passé devant les écrans. Le contrat de départ pourra être révisé tous les mois ou trimestres, avant les vacances ou après, sur la base de critères objectifs: notes à l'école, participation à la vie de famille, respect d'autres contraintes. L'essentiel est de rendre l'adolescent coresponsable. Avec ces critères, il sait sur quoi agir pour obtenir un changement. Le contrôle des contenus vus, visités ou échangés fait également partie du contrat de départ: il peut être implicite, mais doit être transparent.
Accro à l'alcool
On assiste à deux phénomènes concomitants: le rajeunissement de la première prise d'alcool et l'intensification du mode de consommation. Tous les ados sont désormais confrontés à l'alcool et les parents ne peuvent pas l'empêcher. Ils doivent toutefois impérativement rappeler les risques encourus: les relations sexuelles non désirées, les accidents, le coma éthylique...
Il ne faut surtout pas banaliser l'abus d'alcool, même très occasionnel. Il y a toutes les chances que votre adolescent soit un jour confronté à une situation grave, pour lui ou pour un autre. Lui expliquer le principe de l'obligation d'assistance à personne en danger est indispensable. Passer par le jeu de rôles peut aussi aider: jouer le copain qui pousse à boire, puis inverser la situation offre à l'enfant des alternatives concrètes pour se préparer à refuser un verre sans perdre la face...
Accro au cannabis, au crack, à l'ecstasy
La consommation de ces substances se rapproche de celle de l'alcool, quoique les drogues comportent un attrait supplémentaire pour l'ado: la transgression. Et les parents sont d'autant moins armés pour y répondre qu'ils ne connaissent pas, ou pas bien, ces produits. Il leur faut impérativement actualiser leurs connaissances! Comme pour l'alcool, la rencontre des ados avec ces substances est inévitable.
Comment en parler? Commencez par décrire leurs effets "positifs", sinon l'adolescent ne vous écoutera pas: pourquoi tant d'ados en consommeraient s'ils n'avaient que des désagréments? Evoquez ensuite tous les risques, mais aussi l'importance de la loi. On peut penser ce que l'on veut de ces drogues, la loi en interdit la consommation, les parents sont là pour le rappeler. Et donner l'exemple.
Accro aux nuits blanches
Le manque de sommeil des jeunes est un enjeu de santé publique largement sous-estimé! Internet, l'alcool, la télévision, les jeux vidéo ou les échanges téléphoniques tardifs perturbent l'endormissement. Les angoisses personnelles, la pression éducative, l'abus d'excitants gênent le sommeil. Premier conseil de bon sens: ne laissez pas vos somnifères à la portée de vos ados.
La meilleure façon de "recaler" un jeune dans le temps est ensuite de mesurer avec lui ses besoins de sommeil. Contrairement à ce qu'il croit, tout le monde n'a pas le même rythme biologique! Le premier de la classe peut survivre en dormant cinq heures par nuit, pas lui. Pour le convaincre, faites-lui compter ses heures de sommeil pendant les vacances, lorsque ses réveils sont spontanés. Ce calcul lui permettra d'apprendre à mieux se connaître. Et l'encouragera à respecter ses propres besoins.
et le sexe?
Aujourd'hui, les ados découvrent la sexualité pendant leurs cours de biologie et... devant les images porno diffusées à la télé ou sur Internet. Imaginez le grand écart! Or faire le lien entre les sentiments et le désir exige du temps et de la maturité. Devant cette difficulté, les parents servent de modèle. La manière dont ils abordent le sujet est centrale. Si cela fonctionne mal entre eux, l'adolescent ne sera pas aidé. Certains jeunes brûlent les étapes en espérant calmer leur anxiété, d'autres se réfugient dans le virtuel ou la masturbation. Cela dit, pas d'affolement: la majorité d'entre eux va très bien!