L'annonce, vivement applaudie, n'en a pas moins relancé un débat houleux. La panthéonisation de Joséphine Baker, artiste franco-américaine, figure éminente de la Résistance et de la lutte antiraciste, est prévue le 30 novembre prochain, a-t-on appris dimanche de l'entourage du président de la République. Si de nombreux politiques et personnalités ont félicité cette décision, d'autres n'ont pas tardé à embrayer : et Gisèle Halimi ?

Le sénateur socialiste, Rachid Temal, a ainsi tweeté en réaction à l'annonce : "Une bonne nouvelle. Et pour Gisèle Halimi, des nouvelles ?" Comme lui, plusieurs responsables politiques, philosophes ou journalistes ont souligné la signification du choix de Joséphine Baker au Panthéon : l'abandon de la panthéonisation de Gisèle Halimi, militante féministe décédée en juillet 2020.

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"Je suis la seule à regretter que ce ne soit pas Gisèle Halimi qui fasse son entrée au Panthéon ? Car le choix de Joséphine Baker, c'est aussi le refus de la choisir, elle. Je me trompe ?", a alors pointé Camille Froidevaux-Metterie, qui se décrit comme philosophe féministe et professeur de sciences politiques à l'université de Reims, sur Twitter. Après ce message, Aurélien Taché, député Les Nouveaux démocrates du Val d'Oise, l'a d'ailleurs félicitée en lui répondant que non, elle ne se trompait pas.

Lui emboîtant le pas, le journaliste politique Jean-Michel Apathie a estimé que "le tweet de Camille Froidevaux-Metterie est très juste. Gisèle Halimi a soutenu ceux qui voulaient vivre libres en Algérie. Le Panthéon lui est donc refusé, malgré ses actions en faveur des femmes. Ceci est très décevant. L'esprit 'Algérie française' n'est pas mort, hélas."

Un débat autour de l'Algérie

Ce débat n'est pas nouveau. En mai dernier, Emmanuel Macron a renoncé à faire de l'avocate engagée la sixième femme à entrer au Panthéon. La raison alors invoquée est que l'engagement de l'avocate contre la guerre d'Algérie et pour l'indépendance de ce pays pouvait "cliver". Selon Céline Malaisé, présidente du groupe des élus Front de gauche au conseil régional d'Ile-de-France, un extrait du livre de l'avocate Une farouche liberté, "semble poser problème" au président.

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Par ailleurs, un collectif de femmes et de filles de harkis, auxiliaires de l'armée française lors de la guerre d'Algérie, s'était dit opposé à cette éventualité. "Certaines associations de harkis et de pieds-noirs l'ont pris comme une insulte", expliquait alors une source auprès de France Inter. L'entourage du président mettait ainsi en avant la difficulté posée dans l'objectif d'Emmanuel Macron de "réconcilier les mémoires".

Car dans son rapport sur la colonisation et la guerre d'Algérie (1954-1962), remis en janvier à Emmanuel Macron, l'historien Benjamin Stora avait préconisé la panthéonisation de Gisèle Halimi, décédée en juillet dernier à 93 ans. Cet honneur national est également réclamé par de nombreux militants féministes et de gauche.

De son côté, la ministre chargée de l'Egalité entre les femmes et les hommes, Elisabeth Moreno, avait rappelé qu'elle "militait" pour l'entrée au Panthéon de Gisèle Halimi, cette "rebelle obstinée (...) qui a marqué l'histoire du féminisme et de notre pays". "Je reste déterminée dans cet objectif, même si je sais que les processus de panthéonisation peuvent être longs et complexes car ils nécessitent dialogue et consensus", avait-elle expliqué.