Créer une oasis de paix au milieu du chaos. C'est le défi que se lance Marguerite Barankitse en 1993, en pleine guerre civile burundaise. Le 24 octobre 1993, elle assiste, impuissante, au massacre de 72 personnes dont des membres de sa famille. C'est le début d'une vague de violences interethniques entre Hutus et Tutsis, qui durera près de dix ans. Seule et sans endroit où aller, Marguerite Barankitse prend sous son aile 25 orphelins rescapés. La Maison Shalom, ensemble de refuges pour les enfants burundais, naît de sa volonté de les protéger des atrocités de la guerre.

Le conflit s'éternise, mais Marguerite Barankitse continue de recueillir jour après jour les orphelins du pays quelle que soit leur ethnie. "Il n'y a pas de fatalité. Puisque j'ai des enfants Hutus et Tutsis, il y a de l'espoir. Je vais les éduquer, je vais faire de ces enfants une nouvelle génération qui osera casser ce cycle de violences dans la région des Grands Lacs," explique-t-elle. Surnommée "Maggy" par ceux qu'elle recueille, elle met toute son énergie au service de ces enfants de la rue, victimes du sida, nés du viol, ou violés pendant la guerre. Éducation, santé, culture, formation professionnelle...

Au Burundi, le viol comme instrument de terreur

Avec la Maison Shalom, Marguerite Barankitse s'acharne à leur apporter le bagage nécessaire pour grandir en paix. "Le seul remède, c'est l'amour. Quand vous vous sentez aimés, la souffrance partagée diminue, la joie partagée augmente. Il faut qu'on ait un toit, il faut qu'on mange, qu'on soit soigné, scolarisé... mais s'il n'y a pas cette dose d'amour... il n'y a rien!"

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En 2015, le pays plonge dans une nouvelle crise politique meurtrière. Le viol devient une arme de guerre récurrente. "Au Burundi, il n'est pas orchestré par la rébellion. C'est le gouvernement qui a organisé une milice et la police pour faire taire, pour créer la terreur," raconte-t-elle.

Fervente opposante au régime burundais, Marguerite Barankitse est visée par un mandat d'arrêt international et menacée de mort dès 2015. Elle est contrainte à l'exil et se réfugie dans le pays voisin, le Rwanda, où elle continue sa mission auprès des dizaines de milliers de réfugiés burundais. Déterminée à mener à bien son combat, elle n'a qu'un regret: "Bien sûr, je ne m'arrêterai pas de faire le bien, mais j'aurais aimé soigner ma maman le Burundi."

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