"Qui, comment et par qui les frères Kouachi et Amedy Coulibaly ont-ils été assistés dans leur entreprise terroriste?" Lors d'une conférence de presse, ce mercredi matin au palais de Justice de Paris, le procureur a apporté des éléments de réponse à ces questions.

François Molins a ainsi annoncé que quatre hommes interpellés dans l'enquête sur les attentats de Paris ont été mis en examen et écroués dans la nuit de mardi à mercredi.

Willy P., Christophe R., Tonino G. et Michaël A. sont poursuivis pour "association de malfaiteurs terroriste en vue de commettre des crimes d'atteinte aux personnes". Autrement dit, ils sont soupçonnés d'avoir apporté une "aide logistique" à Amedy Coulibaly. L'un d'entre eux est également mis en examen pour détention et port ou transport d'armes. Aucun n'est mis en examen pour complicité d'assassinat.

Des "contacts réguliers" depuis "quatre mois"

Les quatre mis en examen ne sont pas connus pour des faits de terrorisme mais pour des faits de délinquance (vol, vol aggravé, recel, outrage...), a précisé le procureur Molins. Tonino G. n'a, pour sa part, aucun antécédent judiciaire.

Comment ces hommes se connaissaient-ils? Il est établi que Mickaël A., a rencontré Amedy Coulibaly en détention, alors qu'il purgeait une peine de quatre ans de prison dont deux ferme pour une condamnation pour vol avec violence.

Les trois autres seraient du même quartier que le preneur d'otages de la Porte de Vincennes, originaire de l'Essonne (91).

L'analyse de la téléphonie de ces différents protagonistes met en évidence qu'Amedy Coulibaly et Mickaël A. étaient "en contact régulier et soutenu ces quatre derniers mois". Le lundi 5 janvier, ntoamment, soit deux jours avant la vague d'attentats, ils étaient "au même lieu à la même heure" six heures durant, a ajouté François Molins. Avant de passer la soirée, ensemble, à Grigny.

Leur mission: "acheter du matériel"

Selon le procureur de Paris, les enquêteurs ont déterminé que trois des mis en examen s'étaient rendus à plusieurs reprises dans des armureries de la petite couronne parisienne pour "acheter du matériel", notamment des gilets tactiques et des bombes lacrymogènes.

Une partie de cet attirail aurait été "stockée chez Christophe R." avant d'être récupérée par Amedy Coulibaly puis entreposée dans la planque de Gentilly, découverte par les enquêteurs.

Cet appartement, occupé depuis le 4 janvier par le preneur d'otages de la Porte de Vincennes, était "sommairement meublé", a décrit François Molins, évoquant un "logement conspiratif".

La policère tuée "à proximité quasi-immédiate" d'une école juive

Le procureur de Paris a aussi détaillé les derniers éléments de l'enquête en cours depuis quinze jours. Concernant les véhicules utilisés par le terroriste, il a confirmé que la Renault Mégane a bien été retrouvée à proximité de la Porte de Vincennes. Elle a permis de remonter jusqu'à Willy P.. Mais les enquêteurs n'ont, à ce jour, pas mis la main sur la moto Suzuki, dont les clés ont été retrouvées sur le cadavre de Coulibaly.

"Il y a un certain nombre d'éléments dans le dossier, que je ne veux pas vous préciser, qui laissent penser que la cible n'a pas été improvisée le 9 au matin", a répondu François Molins, interrogé sur de possibles repérages effectués les jours ayant précédé l'attaque de l'Hyper Casher par Amédy Coulibaly.

"On n'est pas dans la tête des terroristes", a-t-il répondu aux journalistes qui l'interrogeaient sur la cible que pouvait viser le tueur dans cette commune des Hauts-de-Seine. "On ne peut pas effectivement ignorer le fait qu'à proximité quasi-immédiate de la scène de l'assassinat de cette pauvre policière, il y a une école juive, donc là aussi la question se pose", a ajouté le haut magistrat. L'établissement voisin du lieu de la fusillade est l'école Yaguel Yaacov de Montrouge.

L'enquête sur les complicités des frères Kouachi piétine

Concernant les éventuelles complicités des frères Kouachi, François Molins a reconnu que ce pan de l'enquête avançait moins vite. "Force est de constater qu'à ce jour les investigations ont essentiellement progressé sur ce que j'appellerai le volet Coulibaly et non sur le volet des frères Kouachi", a ajouté le procureur, prédisant des "mois, voire des années" d'investigations.