De Fabien Clain à Abdelhamid Abaaoud en passant par Salim Benghalem, nombreux sont les djihadistes à avoir été évoqués pour le rôle de commanditaire des attentats du 13 novembre. Après un an d'investigations, les juges d'instruction et les enquêteurs n'ont pas de certitude sur son identité mais l'étau se resserre.
Identifié par un terroriste
L'enquête judiciaire a permis de faire ressortir un pseudonyme, celui d'Abou Ahmed, parfois prononcé Abou Ahmad. Derrière cette kunya (surnom de combattants) se cacherait un djihadiste belge de 32 ans, Oussama Atar, selon les informations du Monde, confirmées à L'Express par une source proche de l'enquête. "A ce stade, cette identification est l'une des pistes sur laquelle nous travaillons. Mais elle n'est pas établie à 100%", commente notre source.
S'il se cache bien derrière "Abou Ahmed", ce djihadiste aurait joué un rôle de donneur d'ordre depuis la zone irako-syrienne aussi bien dans les attaques de Paris que de la capitale belge. "Il apparaît comme un coordinateur présumé des attentats, pas un commanditaire", précise notre source proche de l'enquête.
Il a été identifié à partir d'une planche comprenant plusieurs photographies par un des deux terroristes présumés interpellés en Autriche en décembre 2015. Oussama Atar aurait organisé son voyage à travers l'Europe, comme celui de plusieurs terroristes du 13 novembre.
Le cousin des frères El-Bakraoui
Comme L'Express l'a révélé dans une précédente enquête, un individu se faisant appeler Abou Ahmed a en effet envoyé ces hommes depuis la Syrie et leur a fourni une assistance logistique à distance tout au long de leurs pérégrinations européennes. Il leur verse de l'argent liquide via des mandats de type Western Union, les téléguide en leur donnant des indications grâce aux applications Whatsapp et Telegram, et les met en relation avec des relais locaux.
Oussama Atar est loin d'être un inconnu des services antiterroristes. Cousin des frères El Bakraoui, les deux kamikazes de Bruxelles, son nom apparaissait déjà dans le dossier belge. Son petit frère avait été arrêté peu de temps après le 13 novembre avec la clé d'une des planques des terroristes de la cellule franco-belge, à Schaerbeek, rappelle Le Monde.
Sa trace retrouvée dans un ordinateur
C'est grâce à l'exploitation de l'ordinateur jeté dans une poubelle près de cet appartement que l'existence d'"Abou Ahmed" a été attestée. L'appareil, qui a servi à consigner les projets du groupe, a été transporté de planque en planque, au gré de la cavale de Salah Abdeslam, probable logisticien, et durant les quatre mois qui ont séparé les tueries de Paris et celles de Bruxelles le 22 mars.
Plusieurs conversations audio entre le fameux Abou Ahmed et au moins trois djihadistes y ont été enregistrées. "Il leur donne des indications sur l'emplacement des bases de repli et des recommandations de type: que faire ensuite? Quels moyens utiliser?", détaille une source proche de l'enquête à L'Express. Parmi les interlocuteurs: l'un des frères El Bakraoui et Mohamed Abrini, des membres du commando qui a frappé l'aéroport de Zaventem.
Surnommé "l'émir"
Au minimum donneur d'ordres, Abou Ahmed s'exprime en français, probablement depuis la zone irako-syrienne, et semble avoir un ascendant sur les djihadistes. Il serait un haut cadre francophone de Daech. "Ils l'appellent 'l'émir' et éprouvent une forme de respect à son égard. Mais il pourrait aussi s'agir d'un intermédiaire. Dans l'une des conversations, l'un des terroristes lui demande d'interroger une autre personne, non identifiée, sur l'emploi d'explosifs", explique une source policière. Fait notable: c'est également à Abou Ahmed que les djhadistes transmettent leur testament.
Dans la précipitation et l'improvisation liées à l'arrestation de Salah Abdeslam, ils n'ont pas pris le soin d'effacer ces preuves, les seules qui attestent d'une coordination en temps réel depuis la Syrie. Car aucun enregistrement de ce type concernant les membres du 13 novembre n'ont été retrouvés.
Un temps évoquée, la piste d'un commanditaire nommé Abou Souleymane n'a pour l'instant donné rien de concluant. Un survivant du Bataclan avait affirmé aux enquêteurs avoir entendu les terroristes prononcer ce pseudonyme, en se demandant s'il fallait l'appeler. L'enquête a permis de déterminer depuis qu'il s'agissait de l'alias de l'un des frères Bakraoui, qui, au moment du drame, se trouvait en Belgique.
