L'équipée morbide aura donc duré plus de quatre mois. Quatre mois au cours desquels un seul et unique groupe terroriste est parvenu à penser, préparer et perpétrer des attentats hors-norme au coeur de l'Europe. Il y a d'abord eu le 13 novembre 2015 et ses 130 morts. Puis la traque, les perquisitions, les arrestations en Belgique, jusqu'aux attaques de Bruxelles de mardi. Deux frappes meurtrières pour une seule équipe franco-belge, qui a su échapper aux enquêteurs en se montrant capable de se recomposer au fil des avancées de l'enquête, pour aller au bout de leur entreprise sanguinaire.

Kamikazes à Bruxelles, logisticiens à Paris

Ibrahim et Khalid El Bakraoui, Najim Laachraoui... Voici les noms des trois kamikazes du 22 mars aujourd'hui formellement identifiés par les enquêteurs belges. Trois terroristes qui se trouvaient déjà dans les radars des services de renseignement dans le cadre de l'enquête sur les attentats de Paris. Les deux derniers se sont même chargés de louer, sous pseudonyme, deux des trois appartements conspiratifs utilisés pour préparer les attaques de novembre.

Le 3 septembre 2015, Khalid El Bakraoui aurait ainsi payé en liquide la location d'un appartement à Charleroi sous le nom d'Ibrahim Maaroufi. Une perquisition réalisée le 9 décembre dernier a permis d'y découvrir des matelas ainsi que les empreintes de Bilal Hadfi [l'un des kamikazes du Stade de France] et d'Abdelhamid Abaaoud, le supposé coordinateur des attentats de Paris. C'est dans cet appartement que les frères Abdeslam ont rejoint Abaaoud le 12 novembre jusqu'au départ pour la capitale française le lendemain, aux alentours de 16 heures.

Capture d'écran sur une vidéo de controle de Salah Abdeslam et Mohammed Abrini, auteurs présumés des attentats de Paris, sortant d'un véhicule à une station service le 11 novembre 2015 à Ressons au nord de Paris.

Capture d'écran sur une vidéo de contrôle de Salah Abdeslam et Mohammed Abrini, auteurs présumés des attentats de Paris, sortant d'un véhicule à une station-service le 11 novembre 2015 à Ressons au nord de Paris. Ils étaient en Belgique le lendemain.

© / afp.com/-

Najim Laachraoui a longtemps été connu dans le dossier parisien sous le pseudo de Soufiane Kayal, un alias utilisé pour louer la maison d'Auvelais, une autre "planque". C'est encore ce fameux Kayal qui a été réceptionné à Budapest le 9 septembre 2015 par Salah Abdeslam. Laachraoui est aujourd'hui considéré par les enquêteurs comme étant l'un des deux hommes qui, avec Mohamed Belkaid, ont reçu les textos des terroristes du 13 novembre leur annonçant le début des attaques. Ce dernier a été abattu le 15 mars par la police belge lors de la perquisition de l'appartement de Forest, loué par Khalid El Bakraoui, où Salah Abdeslam a au moins un temps trouvé refuge ces quatre derniers mois.

L'ADN de Najim Laachraoui a surtout été prélevé sur plusieurs ceintures d'explosifs utilisées en novembre. Tous ces éléments poussent aujourd'hui les enquêteurs à se demander s'il ne serait pas l'artificier du groupe terroriste. Les ingrédients retrouvés dans la planque de Schaerbeek ont permis de mettre la main sur 15 kilos de TATP, 150 litres d'acétone, 30 litres d'eau oxygénée, des détonateurs mais aussi des clous et des vis. Les "ingrédients" des bombes artisanales de Bruxelles, mais aussi des ceintures de Paris.

L'ombre d'Abaaoud

Tous ces hommes étaient donc liés dans cette affaire. Au total, les dossiers belges et français recensent plusieurs dizaines de personnes plus ou moins directement liées aux attaques. Avec, à chaque fois, un dénominateur commun: Abdelhamid Abaaoud. Abattu lors de l'assaut de Saint-Denis, il était en relation avec tous les terroristes. C'est bien autour de lui que les différents groupes se sont constitués. Souvent en Belgique, mais aussi en Syrie, où ont séjourné plusieurs des assaillants du 13 novembre.

Jusqu'où s'arrête le réseau tissé par Abaaoud? C'est aujourd'hui la grande question. Le djihadiste était en lien avec Mehdi Nemmouche, auteur de l'attentat contre le musée juif de Bruxelles en mai 2014. Mais aussi avec Sid Ahmed Ghlam, si l'on s'en tient aux propos de Bernard Cazeneuve qui a fait savoir que la responsabilité d'Abaaoud était "établie" dans ce dossier.

C'est le 15 janvier 2015 que sa capacité de mobilisation autour d'un projet terroriste a éclaté au grand jour. La police belge a démantelé ce jour là la cellule de Verviers, avec qui il était en contact direct depuis Athènes. C'est dans la capitale grecque qu'un plan d'attaque contre un aéroport avait été découvert quelques jours plus tard. Déjà.