"L'enfer", un "cauchemar", une "scène de carnage". Les témoignages se multiplient au lendemain de l'attaque de la salle de spectacle du Bataclan à Paris, qui a essuyé le plus lourd bilan dans le cadre des attentats simultanés perpétrés à Paris le 13 novembre.

Selon le dernier bilan, au moins 89 personnes ont été tuées dans l'établissement, au cours d'un concert d'un groupe de rock américain, Eagles of Death Metal.

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"C'était l'enfer"

"J'étais au concert avec ma soeur, des amis. On était installé à l'étage dans les gradins. Cela faisait peut-être une heure que le concert des Eagles of Death Metal avait commencé, on a entendu des coups de feu en bas, dans la fosse. Au début on a pensé que ça faisait partie du show mais on a vite compris", raconte Pierre Janaszak, 35 ans, animateur radio.

"On entendait hurler, tout le monde essayait de fuir, les gens se piétinaient... C'était l'enfer" relatent d'autres témoins présents sur place. Croyant également dans un premier temps à des "effets pyrotechniques ou scéniques", deux amis racontent avoir vu "la foule se masser sur le devant de la scène". "Alors on a essayé de passer par les loges qui étaient bloquées, détaillent-ils. Du coup, on est allé dans les toilettes, on a défoncé le plafond et on s'est réfugié dans le faux plafond avec une vingtaine d'autres personnes".

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De son côté, Julien Pearce, un journaliste d'Europe 1, raconte être parvenu à se cacher à l'arrière de la scène. "On s'est réfugié avec une dizaine de personnes dans une petite pièce à l'arrière de la scène et qui malheureusement ne menait à rien, donc on était piégé. On a refermé cette salle, mais on entendait toujours les hurlements de l'autre côté" explique le journaliste, qui raconte à la radio avoir profité d'un moment de calme pour avoir traversé à nouveau la salle afin de sortir dans la rue de Charonne, où se déroulait également une "scène apocalyptique".

"Monsieur Tout-le-monde avec une kalachnikov"

Le journaliste d'Europe 1 raconte avoir aperçu au moins deux tireurs, dont il a pu dresser un rapide portrait. "J'ai pu voir qu'il était très jeune, une vingtaine d'années. Il était habillé en noir et portait une légère barbe, ainsi qu'une sorte de bonnet sur la tête" explique Julien Pearce. Un autre témoin présent au Bataclan avec son frère explique avoir vu un des tireurs "à cinq mètres". "On s'est retrouvé face au type et il ne nous a pas tiré dessus." A quoi ressemblait-il? "A Monsieur Tout-le-monde avec une kalachnikov" raconte l'homme.

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En tout, quatre assaillants auraient pénétré dans l'enceinte du Bataclan, tirant de longues minutes sur les personnes présentes, et achevant celles au sol. "J'ai vu les corps se faire transpercer par les balles" explique le journaliste d'Europe 1. "Je n'ai pas entendu de revendication quelconque" affirme le journaliste à la radio, tandis qu'un autre témoin rapporte avoir entendu les tueurs crier "Allah Akbar", "Dieu est le plus grand", au micro de France info. "Ils ont tiré en plein dans la foule en criant 'allahou akbar' avec des fusils à pompe je crois" explique Louis, interrogé par les journalistes de France Info. Quand on est partis, on a enjambé des corps, vous comprenez, c'est un cauchemar".

Dans un témoignage diffusé sur le site web communautaire Reddit, un spectateur raconte en détails l'arrivée des terroristes. "Ils n'ont rien dit, à part vers le début, quelque chose à propos de la Syrie, de Hollande et du fait que ça n'était que le commencement." Au début, les assaillants auraient "explorés" les lieux, "en tirant aléatoirement sur des gens couchés au sol. Puis on ne les voyait plus. Puis on entendait des coups de feu. Impossible de se lever rapidement et de fuir."

Ceinture d'explosifs

Daniel Psenny, journaliste au Monde, a de son côté été blessé par balle alors qu'il tentait de secourir les blessés à l'extérieur de la salle de concert. "Avec un autre homme que je n'ai pas revu après, on l'a tiré pour le mettre à l'abri dans le hall. J'ai dû prendre la balle à ce moment-là. Je ne sais plus, j'ai une absence, rapporte le journaliste au Monde. Mais je me souviens avoir senti comme un pétard qui explosait dans mon bras gauche, et j'ai vu que ça pissait le sang. Je pense que le tireur était à la fenêtre du Bataclan".

Pendant près de trois heures, les quatre assaillants ont pris les spectateurs du Bataclan en otage. Au moment où les forces de l'ordre ont donné l'assaut, les quatre tueurs se sont donnés la mort. Parmi eux, trois se sont fait sauter en actionnant leur ceinture d'explosifs. Une source proche de l'enquête affirme que le quatrième aurait été touché par la police avant d'exploser en tombant. Samedi matin, le quartier demeurait bouclé. Seuls admis dans le périmètre, les riverains, accompagnés par un policier. Devant l'entrée du Bataclan, trois camions de police bloquent totalement la vue.