Après l'attentat de Nice, vous avez accusé l'Etat de ne pas prendre ses responsabilités en matière de sécurité. Mais vous-même étiez premier adjoint chargé de la sécurité...

Ce que j'ai dit, c'est que le gouvernement n'avait pas mis les effectifs suffisants pour un événement d'une telle ampleur. 1400 policiers à Paris pour le feu d'artifice; 67 à Nice, dont seulement 39 dans la zone festive. Les policiers nationaux et municipaux qui étaient présents ont fait un travail remarquable. Mais la sécurité, c'est une compétence de l'Etat! Qui d'autre que l'Etat pourrait être chargé de la sécurité des Français?

Seul le gouvernement dispose des leviers d'action pour renforcer les dispositifs légaux dont disposent nos forces de sécurité. Or je constate que le gouvernement socialiste, Bernard Cazeneuve le premier, abandonne nos forces de l'ordre un peu plus chaque jour. Ce désengagement est très dangereux dans le contexte actuel et compte tenu de cette menace permanente qui pèse sur notre civilisation. Cet abandon s'est couplé à un mépris insupportable de la part du ministre de l'Intérieur face au cri d'alarme de nos policiers!

Alors que, depuis des mois, ils sont pleinement mobilisés pour sauver nos vies, le gouvernement ne leur donne pas les moyens d'agir et refuse de les soutenir dans leur combat pour restaurer l'autorité de l'Etat. C'est compliqué d'accepter que le voyou qu'on a arrêté le matin soit relâché l'après-midi même, lorsqu'on est policier!

Pour ma part, j'ai toujours pris mes responsabilités. A Nice, j'ai bâti la première police municipale de France et nous avons implanté plus de 1400 caméras de vidéoprotection. Lorsque j'étais président du conseil général des Alpes-Maritimes, j'ai investi plus de 121 millions d'euros dans la rénovation de casernes de gendarmerie.

Aujourd'hui, président de région, je consacre 250 millions d'euros à l'équipement de nos polices municipales, au déploiement de la vidéoprotection, à la gratuité des transports régionaux de nos forces de l'ordre, à la sécurisation de nos transports et de nos lycées et à l'amélioration des conditions de travail et de vie de nos forces de l'ordre, en construisant et rénovant des hôtels de police et des casernes de gendarmes.

Revenons à l'attentat. Vous n'avez pas assisté aux réunions préparatoires qui se sont tenues avant le 14 juillet. Saviez-vous cependant quel dispositif était mis en place sur la Promenade des Anglais? Vous semblait-il suffisant?

Cet argument stupide a été avancé par le FN. Je rappelle que je n'étais pas invité à ces réunions. Tout comme le préfet qui, lui non plus, n'y a pas assisté! Il s'agissait d'une réunion technique, il était donc normal que ce soient des techniciens qui y soient. Concernant le dispositif de sécurité pour le 14 juillet, comme à son habitude, la préfecture ne nous a rien communiqué. Elle nous a simplement demandé de mettre à sa disposition et sous son commandement 64 policiers municipaux. C'est ce que nous avons fait. Pour le reste, les services de l'Etat nous avaient promis que le dispositif de sécurité serait équivalent à celui du carnaval ou de l'Euro de foot...

Christian Estrosi, maire de Nice et président de la région Paca, à Nice, dans le sud-est de la France, le 26 avril 2016

"Nous avons mis en place des moyens énormes pour lutter contre l'islam politique", affirme Christian Estrosi.

© / afp.com/VALERY HACHE

En tant que président de la région Provence-Alpes-Côte d'Azur, vous avez annoncé la création ou l'agrandissement des réseaux de caméras de vidéosurveillance, en vous fondant sur le plan mis en place à Nice. Or il n'a en rien empêché l'attentat du 14 juillet...

C'est faux! Evidemment, ce n'est pas avec des caméras que l'on arrête un terroriste à bord d'un camion, mais avec nos services de renseignement, puisqu'on sait désormais que l'acte était prémédité depuis au moins un an. Mais nos caméras nous ont permis de retracer très précisément cette nuit d'horreur. Elles ont joué un rôle déterminant non seulement dans l'enquête, mais également le soir même. Alors que le camion venait d'être neutralisé, la rumeur de prises d'otages et de commandos armés dans la ville s'est répandue. Les caméras nous ont permis de voir qu'il n'en était rien et de rassurer la population. Pendant cette nuit terrible, les caméras ont été extrêmement utiles.

Pourquoi Nice semble-t-elle si touchée par l'islam radical?

C'est le cas de toutes les grandes villes de France. Et, ici plus qu'ailleurs, nous avons mis en place des moyens énormes pour lutter contre ces phénomènes. Nous luttons en permanence contre le communautarisme et l'islam politique. Durant deux ans, j'ai demandé au préfet de ne pas autoriser l'ouverture d'un lieu de culte subventionné par le ministre des Finances d'Arabie saoudite, qui prône la charia. Le préfet l'a autorisée contre l'avis de la municipalité qui avait par ailleurs fait fermer plusieurs lieux de culte salafistes.

Nous avons mis en place une cellule d'écoute et d'action face aux dérives fondamentalistes, qui nous permet de délivrer des informations en temps réel à l'Etat sur des situations qui nous sont signalées dans les clubs de foot ou à l'école. Nous avons, de plus, mis en place un accompagnement social et psychologique pour les proches d'enfants partis faire le djihad.

On vous reproche parfois votre omniprésence, qui met en lumière l'extrême discrétion du maire actuel de Nice, Philippe Pradal...

Les choses ne se présentent pas comme cela. Nous agissons ensemble: j'exerce aujourd'hui les délégations qui étaient les siennes hier. J'ai une totale confiance en Philippe Pradal, qui, comme moi, est un amoureux de Nice, un élu qui connaît parfaitement ses dossiers. C'est notre seule ligne de conduite: que la parole donnée se transforme toujours en parole tenue. Et je vais vous dire, Philippe est un homme loyal, ce qui est suffisamment rare en politique pour le souligner.