A combien s'évalue la perte d'un proche dans un attentat? Pour répondre à cette question difficile, les autorités multiplient les calculs en se fondant sur une estimation des préjudices moral, économique et dit "d'inquiétude". Ce qui donne lieu à des contestations. Dernier exemple en date, le cas de Natacha Buchet, relayé dimanche par Le Parisien et France Info.
Âgée de 45 ans, elle a perdu sa mère de 64 ans, Jacqueline Wurtlin, lors de l'attentat de Nice le 14 juillet 2016. Cette dernière a été fauchée par le camion fou conduit par le terroriste Mohamed Lahouiaej-Bouhlel sur la promenade des Anglais. Pour cette perte, le fonds de garantie des victimes d'actes de terrorisme (FGTI) propose à Natacha Buchet 37 500 euros d'indemnisation, qui se divise en 30 000 euros de préjudice moral et 7500 euros de préjudice exceptionnel lié au caractère terroriste du dossier.
Aucun préjudice économique retenu
Auprès de France Info, l'avocat de la quadragénaire, maître Eric Morain, indique avoir déposé une requête auprès de la justice pour contester le montant, qu'il qualifie de "formaté" et de "presque rien". "On a été clairement bercé d'illusions", dénonce l'avocat. La somme proposée par le FGTI est en effet dix fois inférieure à celle demandée, 330 000 euros. Les autorités n'ont retenu aucun "préjudice économique", la partie de l'indemnisation qui consiste à compenser la perte de revenus apportés par un proche décédé.
Or, Natacha Buchet est une mère célibataire qui peine, depuis le drame, à s'occuper à la fois de ses enfants et à gérer de front sa carrière. Elle rappelle que sa défunte mère venait toutes les semaines dans le Var, où elle réside, pour l'aider à la maison. "Avec ce qu'il [le FGTI] me donne, je peux payer une nounou pendant deux ans et demi à hauteur de ce que faisait ma mère", dénonce-t-elle auprès de France Info.
"Quelle que soit la somme proposée, ce n'est jamais assez"
Auprès du Parisien, Natacha Buchet laisse éclater sa colère, face à ce qu'elle estime être un manque de délicatesse des autorités: "On m'a demandé de constituer un dossier pour prouver que ma mère faisait partie de ma vie! Maintenant, on me dit: 'Prenez ça et taisez-vous'. Je trouve cela injuste. Je préfère leur rendre cet argent."
En outre, l'avocat de la quadragénaire déplore que le FGTI ne propose, pour l'instant, aucun préjudice d'inquiétude alors que sa cliente n'a appris le décès de sa mère que quatre jours après l'attaque.Une attente liée au grand nombre de victimes -plus de 90-, aux difficultés pour les identifier et à l'engorgement des hôpitaux.
Interrogée par France Info, la secrétaire d'Etat aux victimes, Juliette Méadel, estime de son côté que le "débat financier" n'est "jamais complètement satisfaisant". "Dans un cas comme celui-ci, quelle que soit la somme proposée, ce n'est jamais assez. Il n'y a pas d'indemnisation de la douleur qui corresponde à la douleur", observe-t-elle.
