Le terrorisme a de nouveau frappé de plein fouet Nice. Trois personnes ont été tuées jeudi, dont au moins deux égorgées, à l'intérieur de la basilique Notre-Dame-de-l'Assomption lors d'une attaque au couteau dont l'auteur, un jeune Tunisien fraîchement débarqué en Europe, a été arrêté et grièvement blessé.
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Voici ce que l'on sait de cet attentat qui survient deux semaines après la décapitation de Samuel Paty, professeur d'histoire-géographie dans un collège de Conflans-Saint-Honorine (Yvelines), assassiné après avoir montré des caricatures de Mahomet aux élèves d'une de ses classes.
Que s'est-il passé ?
Comme le rapporte Le Parisien, l'assaillant s'est dans un premier temps rendu à la gare de Nice à 6h47. Après avoir passé 1 heure et demie à l'intérieur, il en ressort avec des chaussures différentes et sa doudoune "retournée". A 08h29, l'auteur des faits "entre dans la basilique et y restera un peu moins d'une demi-heure, période durant laquelle il s'attaque à 3 victimes", a relaté le procureur national antiterroriste Jean-François Ricard lors d'une conférence de presse jeudi soir à Nice. La basilique se situe à 400 mètres de la gare.
A 08h54, une des victimes, qui succombera peu après à ses blessures, s'enfuit par le côté gauche de l'édifice et se réfugie dans un kebab précise Le Parisien. C'est alors que la police municipale, alertée par un témoin sur une borne d'appel d'urgence, intervient et se retrouve face au tueur dans le couloir de cette entrée latérale de l'église. Quatre policiers interviennent alors, note Le Monde.
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"Cet homme s'était avancé vers eux de manière menaçante en criant 'Allah Akbar', les contraignant alors à faire usage d'abord d'un pistolet à impulsions électriques puis en faisant feu à plusieurs reprises avec leur arme de service", a rapporté Jean-François Ricard. Quatorze étuis de balles seront retrouvés au sol. Le suspect, grièvement blessé, est transporté à l'hôpital. "Son pronostic vital reste actuellement engagé", a précisé le magistrat. L'individu a été touché au torse, à la jambe et à l'épaule.
Qui sont les victimes ?
Les victimes sont trois paroissiens qui étaient présents dans cette église, en plein coeur de Nice, à quelques jours de la fête catholique de la Toussaint, le 1er novembre, qui célèbre tous les saints de l'Eglise. La première victime, trouvée près de l'entrée principale, "est âgée de 60 ans, elle présente un égorgement très profond de l'ordre d'une décapitation", a rapporté le procureur. Elle était venue se recueillir. L'assaillant a ensuite égorgé mortellement le sacristain. Vincent L., 55 ans, était père de deux filles. Il venait d'ouvrir les portes de l'Eglise, précise Le Parisien.
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La troisième victime est "une Brésilienne de 44 ans, mère de trois enfants et résidant en France" selon le ministère brésilien des Affaires étrangères. Après s'être enfuie de la basilique, elle "est décédée dans un restaurant situé à proximité de la basilique des suites des multiples plaies", selon Jean-François Ricard. "Cet attentat visait des paroissiens tout à fait ordinaires qui venaient prier très tranquillement", a déclaré sur place Mgr Eric de Moulins-Beaufort, président de la Conférence des évêques de France.
Qui est l'agresseur ?
L'auteur présumé de l'attaque est un Tunisien de 21 ans, identifié par un document de la Croix rouge italienne. Selon les premières investigations, il est arrivé en Europe par l'île italienne de Lampedusa le 20 septembre, avant de débarquer sur le continent à Bari le 9 octobre, a expliqué le procureur antiterroriste.
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Ce jeune homme, selon une source locale proche du dossier, se nomme Brahim Aouissaoui. Il avait été mis en quarantaine par les autorités italiennes pour soupçon de Covid-19 avant d'être visé par une obligation de quitter le territoire italien et laissé libre. Il n'a pas fait de demande d'asile en France, selon cette même source. Il est par ailleurs "inconnu au fichier national des empreintes digitales" et "inconnu des services de renseignements", selon Jean-François Ricard. Selon Le Parisien, il se serait rendu France quelques jours avant l'attaque. Sur place, il n'avait aucun logement à disposition.
Où en est l'enquête ?
Le parquet antiterroriste a ouvert immédiatement une enquête pour "assassinats et tentatives d'assassinat en relation avec une entreprise terroriste" et "association de malfaiteurs terroriste criminelle", coordonnée par la Sous-direction antiterroriste (Sdat). Sur place, les enquêteurs ont trouvé l'arme du crime, un couteau avec une lame de 17 cm, selon Jean-François Ricard.
Un sac d'effets personnels, un coran et deux téléphones, ainsi que deux couteaux non utilisés ont également été trouvés, a-t-il ajouté. Les enquêteurs sont en train d'analyser un ticket de transport qu'il possédait. Sur son téléphone, des numéros de téléphone italiens ont été retrouvés, souligne Le Parisien. "L'enquête se poursuit activement afin de préciser le déroulement précis des faits le parcours de l'auteur ainsi que les éventuelles complicités dont il a pu éventuellement bénéficier", a conclu le procureur antiterroriste.
Un homme de 47 ans a été placé en garde à vue jeudi soir. Cet individu est soupçonné d'avoir été en contact avec l'assaillant la veille des faits, a indiqué une source judiciaire, confirmant une information du quotidien Nice-Matin.
