L'imposante basilique Notre-Dame de l'Assomption, plantée en plein coeur du centre-ville de Nice (Alpes-Maritimes), venait à peine d'ouvrir ses portes une demi-heure plus tôt. Il est aux alentours de 9 heures ce jeudi quand un homme pénètre dans l'édifice. Comme tous les jours de la semaine, il n'y a pas d'office prévu avant 11 heures mais plusieurs personnes se trouvent à l'intérieur, dont le gardien des lieux. Ce dernier fait partie des trois victimes sauvagement assassinées par l'assaillant, muni d'un long couteau. Au moins deux d'entre elles ont été égorgées. Une nouvelle attaque terroriste qui vise directement une église et qui donne l'impression que l'histoire se répète, quatre ans après l'attentat de l'église de Saint-Etienne-du-Rouvray et l'assassinat du père Hamel.

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L'auteur des faits, actuellement hospitalisé, a choisi une cible très symbolique, visée depuis des années par la propagande islamiste. Et qui avait été encore très récemment mentionnée par les organisations terroristes. Dans un télégramme à diffusion restreinte daté du 25 octobre que L'Express a pu consulter, le ministre de l'Intérieur Gérald Darmanin évoque ainsi les dernières menaces en date visant la France. Elles émanent de l'agence Thabat, l'organisme de presse non-officiel d'Al-Qaïda. Dans ce texte, le patron de Beauvau parle d'un appel "de façon explicite à commettre des actions visant notre pays dans le cadre du "djihad individuel", "plusieurs modes opératoires sont suggérés comme les attaques à l'aide d'une arme blanche ou l'utilisation d'une voiture bélier contre la foule, de façon solitaire ou en constituant des groupes". Et de préciser: "les cibles désignées sont particulièrement nombreuses puisque le communiqué évoque notamment les Imams affichant leur soutien au discours du président de la République sur l'Islam de France ainsi que les églises et les symboles de la chrétienté".

"Fermer des églises, ce serait plier le genou face à la menace"

Résultat, dans ce texte envoyé dimanche aux préfets, Gérald Darmanin les presse à évoquer cet appel au passage à l'acte "dans les meilleurs délais lors d'une réunion spécifique relative à l'élévation de la menace dans le cadre des groupes d'évaluation départementaux (GED) ou des réunions de sécurité intérieure (RSI)". "L'objectif" clairement affiché est de "détecter le plus en amont possible les menaces présentes sur notre territoire, de les prendre en compte au plan du renseignement et au plan opérationnel". Pour le ministre, "cette mission globale de vigilance sur la menace terroriste est bien évidemment prioritaire sur toutes les autres". Des consignes qui n'auront pas suffi à empêcher ce triple assassinat.

Alors que le ministre de l'Intérieur a annoncé ce jeudi un renforcement de la sécurité des lieux de culte, la question de leur protection effective se pose. Comme elle s'était déjà posée avec acuité en 2015 et 2016. En effet, comment espérer assurer la sécurité de l'ensemble des 45 000 églises de France ? L'équation semble matériellement impossible. Pour autant, l'épiscopat appelle à les garder ouvertes, en dépit du confinement qui doit débuter jeudi soir. "C'est une question de foi mais aussi de symbole, fermer des églises après de tels actes ce serait plier le genou face à la menace", estime le père Woillemont, porte-parole de la Conférence des évêques de France. Mercredi soir, quelques heures avant l'attaque au couteau de Nice, Gérald Darmanin avait justement rencontré les représentants des lieux de culte. Dans le contexte du reconfinement, il leur avait indiqué que les églises pourraient rester ouvertes au public jusqu'au 2 novembre, soit après les célébrations de la Toussaint.

Ces dernières années, les églises ont été régulièrement visées en France que ce soit à Saint-Etienne-du-Rouvray ou lors de l'attentat déjoué contre l'église de Villejuif en avril 2015, un projet pour lequel comparaît en ce moment Sid Ahmed Ghlam devant la cour d'assises spéciale. A l'été 2015, dans son magazine en français Dar-al-islam, l'organisation terroriste Etat islamique avait appelé à s'en prendre aux "endroits fréquentés, tel que les lieux touristiques, les grandes surfaces, les synagogues, les églises, les loges maçonniques, les permanences des partis politiques, les lieux de prêche des apostats. Le but étant d'installer la peur dans leur coeur". Des menaces qui sont toujours d'actualité.