"Ils peuvent blesser, ils peuvent tuer". Le ministre de l'Intérieur Gérald Darmanin, en déplacement à Champigny-sur-Marne dimanche, où un commissariat a été la cible la veille d'une attaque d'une quarantaine d'individus à l'aide de mortiers d'artifice, a annoncé sa volonté d'interdire par la loi la vente au public, sur internet, de ces engins pyrotechniques qui seront considérés comme "des armes par destination".
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Son utilisation n'est pas nouvelle. Mais leur utilisation devient de plus en plus fréquente dans les banlieues pour s'en prendre aux forces de l'ordre. "Je travaille en banlieue depuis 20 ans. J'y ai toujours été. Seulement, cela se limitait à la période de la Fête nationale autour du 14 juillet. Depuis deux ou trois ans, c'est tout au long de l'année", témoigne auprès du Figaro Christophe Pradier, délégué départemental adjoint chez Unsa Police dans le Rhône.
Un engin connu, mais mal identifié
Avant Champigny-sur-Marne, en juillet, trois commissariats des Yvelines, aux Mureaux, Fontenay-le-Fleury et Plaisir, ont été pris pour cible. Comme le précise CheckNews, la distinction entre le mot "mortier" et l'expression "mortier d'artifice" est importante. De nombreux politiques ont repris à tort le mot "mortier" sans y ajouter "artifice" lorsqu'ils ont dénoncé l'attaque à Champigny-sur-Marne, d'autres avant elle. "Les mortiers d'artifice n'ont pas rien à voir avec les mortiers militaires", souligne Bernard Deom, président du syndicat de la pyrotechnie de spectacle et de divertissement, auprès du Figaro. "Leur fonctionnement est beaucoup plus artisanal et ils sont beaucoup moins précis, l'objectif étant de produire un effet visuel dans le ciel, pas de détruire une cible", poursuit le syndicaliste.
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Le dispositif se présente comme un tube le plus souvent en carton, mais qui peut aussi se présenter sous une protection en métal ou en plastique. Dans ce tube, on place une bombe pyrotechnique semblable à une boule dont le diamètre peut aller de 40 mm à 60 mm, précise Le Parisien. En temps normal, cet engin est utilisé pour les feux d'artifice. Le tube est placé dans le sol en direction du ciel. Il suffit d'allumer la mèche, puis de s'éloigner, avant que le spectacle ait lieu. "Là, les jeunes l'appuient sur leur ventre pour réaliser des tirs tendus vers les policiers. Étant donné la portée du mortier, ils peuvent facilement s'enfuir ensuite. Impossible de les rattraper", explique Christophe Pradier au Figaro.
Un danger pour l'utilisateur et la cible
Le danger peut s'avérer réel pour toute personne se trouvant en travers du tir. "Ils projettent des éléments à très haute température qui peuvent blesser ou brûler. Sans parler du choc si une personne est atteinte directement par le projectile qui peut atteindre une vitesse de 80 à 100 km/h et avoir une portée de 150 mètres", détaille Bernard Deom. Leur utilisation représente également un danger pour la personne qui enclenche le dispositif. Des jeunes dans les cités ont ainsi déjà perdu un oeil ou une main après avoir mal dirigé leur mortier d'artifice.
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"Ça présente un vrai danger, ça peut provoquer des acouphènes et des blessures sur les personnes qui peuvent les recevoir comme chez celles qui les projettent et qui peuvent perdre des doigts, ce qui arrive fréquemment quand ils n'en maîtrisent pas l'usage, voire un incendie si ça tombe par une fenêtre ouvert dans un logement ou un véhicule", indique une source policière à l'Agence France-Presse. Les blessures, en particulier les brûlures, peuvent être "assez graves". En mai, lors d'une intervention de routine sur la voie publique à Chanteloup-les-Vignes (Yvelines), trois policiers avaient été brûlés, l'un au cou, l'autre au bras, l'autre à une main par des mortiers lancés contre leur véhicule dont les vitres avaient volé en éclats.
Accessible sur internet
Le problème est bien connu des élus. Le 28 juillet dernier, lors d'une audition à l'Assemblée nationale, la députée du Val d'Oise Fiona Lazaar et le député LRM du Rhône Thomas Rudigoz ont exhorté Gérald Darmanin à prendre des mesures pour interdire son utilisation, préciseLe Monde. Habituellement autorisée, la vente d'artifice est temporairement interdite par les autorités via des arrêtés préfectoraux. Mais aucune solution pérenne n'est pour l'instant possible.
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C'est sur internet que l'on trouve plus facilement les dispositifs. Ils sont accessibles légalement pour les plus gros engins à partir de 18 ans. Les plus petits sont même disponibles à la vente pour les personnes âgées de plus de 12 ans. Pour se procurer les feux d'artifice professionnels, il faut cependant être détenteur d'un certificat de qualification, relève Le Monde. Les jeunes se procurent parfois les explosifs directement sur le réseau social Snapchat. "Ils vont sur Snapchat, ils achètent ça à des types qui revendent les produits pour une vingtaine d'euros, avec des vidéos promotionnelles qui expliquent comment ça fonctionne", affirme une source policière au Monde.
