Il est désormais l'avocat le plus âgé du cabinet. A 36 ans, maître Antoine Vey reprend entièrement les rênes de Dupond-Moretti & Vey, qui s'appellera désormais Vey & associés, après la nomination au ministère de la Justine du cofondateur du cabinet, Eric Dupond-Moretti, lundi dernier. Il s'engage, dans un message publié sur les réseaux sociaux, à "continuer à défendre, avec force, courage et optimisme !"
Diplômé de l'université de l'Université de Cambridge, avocat au barreau de Paris et de Genève, professeur à Sciences po et à l'École de Formation du Barreau, il a été formé par les meilleurs, Olivier Metzner et Patrice Spinosi, avant de rencontrer en 2013 celui que l'on surnomme "Acquittator"... Antoine Vey fait partie, sans aucun doute, de la "relève" du droit pénal des affaires.
"Un talent fou"
Après qu'Eric Dupond-Moretti a coupé ses liens avec son métier d'avocat, selon Le Figaro, Antoine Vey hérite entièrement des clients du cabinet, parfois emblématiques, comme Théo Luhaka, grièvement blessé en 2017 lors d'une interpellation policière à Aulnay-sous-Bois. Antoine Vey assure que ces clients, dont Théo, "confirment qu'ils veulent continuer avec [lui]". Une marque de confiance envers le jeune mais déjà expérimenté avocat. L'un de ses clients "connu" le décrit au Parisien comme "un avocat fabuleux, [avec] un talent fou".
Fils d'une pharmacienne et d'un notaire du Puy-en-Velay, c'est quand il part étudier à Sciences po qu'Antoine Vey se découvre une passion pour les concours d'art oratoire, selon Le Monde. "Antoine sortait du lot de façon exceptionnelle. Cette niaque-là, il y en a seulement un tous les dix ans", se souvient dans le quotidien Bertrand Périer, avocat et spécialiste de l'art oratoire. Il passe le plus prestigieux concours, celui de la Conférence du barreau de Paris, en 2013. "J'ai aimé faire rire, puis faire réfléchir, c'est sensuel", raconte-t-il au quotidien.
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L'un de ses anciens collègues de la Conférence contacté par L'Express et qui souhaite rester anonyme se souvient d'un "orateur exceptionnel, l'éloquence chevillée au corps". "Après avoir passé les concours, il adorait les organiser, c'est d'ailleurs comme ça qu'il s'est fait remarquer". Et par les plus grands, notamment Eric Dupond-Moretti. "Il est l'un des grands talents du barreau, excellent en plaidoirie, à l'oral et en plus il a une personnalité attachante", ajoute-t-il. Il est également décrit comme quelqu'un de "très drôle et qui sait bien s'entourer" par un autre de ses anciens collègues de la Conférence, Nicolas Pottier, contacté par L'Express.
Son nouvel associé, Archibald Celeyron, qui a plaidé avec le duo dans le procès d'Abdelkader Merah, confirme le talent d'Antoine Vey en insistant sur son côté "créatif juridiquement". "C'est quelqu'un de techniquement très bon, qui aime manipuler les grands concepts juridiques. Il est passionné par le droit", confie-t-il à L'Express.
Sa rencontre avec Eric Dupond-Moretti a été un tournant dans sa carrière qui a pris une trajectoire prestigieuse. Trois ans après, ils s'associent pour fonder ensemble le cabinet Dupond-Moretti-Vey. Aux côtés de l'ancien ténor du barreau, Antoine Vey s'est illustré dans de nombreux dossiers médiatiques : les affaires Patrick Balkany, Georges Tron, Cahuzac ou celle du vol "Air Cocaïne".
Le "verbe fort", comme Eric Dupond-Moretti
Lors de sa rencontre avec Eric Dupond-Moretti en 2013, Antoine Vey vient de perdre son père. Certains voient alors dans leur relation une sorte de rapport père fils. Pourtant, le principal intéressé rejette ces interprétations. "J'ai eu une relation de maître à élève, mais ça s'est arrêté. Maintenant, on a un rapport d'associé à associé", tranche-t-il au Monde. "C'est un peu comme un mentor, même s'il n'aimerait pas que j'utilise ce terme", ajoute son ancien collègue de la Conférence. Aujourd'hui, toutes les relations professionnelles entre les deux hommes sont exclues "pour éviter tout conflit d'intérêts ou suspicion de conflit d'intérêts", explique-t-il au Parisien.
Le moment de prendre la relève est arrivé, même si d'après lui, EDM avait déjà commencé à prendre une certaine distance, "nous étions de toute façon dans une phase où je faisais les choses le plus souvent seul, après avoir, les premières années, tout fait à deux. Son départ accélère simplement les choses", confie-t-il au Parisien.
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Mais Antoine Vey ne marche pas dans les pas d'Eric Dupond-Moretti, 59 ans, "ils marchent côte à côte. Ce sont deux personnalités fortes, même s'ils n'ont pas le même âge ni le même parcours, ils ont des profils différents et complémentaires". "C'est un garçon extraordinairement méticuleux, moi, je suis un romantique", illustre ainsi Eric Dupond-Moretti, dans Le Monde. Antoine Vey, lui, se décrit comme une personne "méthodique", dans les colonnes du Parisien.
Quelques similarités ressortent toutefois dans leur manière d'exercer le métier selon son ancien collègue : "Ils ont le verbe fort, la capacité de retourner n'importe quelle situation lorsque leur client est en difficulté, ils ont cet instinct d'audience, une fulgurance". Pour Archibald Celeyron, ce sont des qualités que l'on retrouve chez "tous les bons avocats". S'il peut y avoir eu "une certaine influence" du maître sur l'élève, "ils ont surtout des points communs dans la vie privée, ils sont tous les deux agréables à vivre, ils aiment l'humour, décompresser, chanter... Sur le terrain personnel, ils partagent beaucoup de valeurs", ajoute l'associé du cabinet.
Une personnalité ambitieuse
Sur le plan de la reconnaissance publique, Antoine Vey assure ne pas souffrir de ne pas être "emblématique, ou médiatique", comme l'est le nouveau ministre de la Justice. "Cet aspect-là des choses, je connais : j'ai travaillé avec Olivier Metzner, Patrice Spinosi, et Eric bien sûr. La radio ou la télé, j'y vais si le sujet me plaît, ou s'il y a une nécessité professionnelle absolue. Sinon, non, je ne m'y précipite pas", développe-t-il au Parisien.
Pourtant, certains de ses anciens confrères de la promotion 2013 de la Conférence le décrivent comme quelqu'un de "très, très ambitieux, avec un gros problème : sa recherche viscérale de reconnaissance".
Un terme que rejette en bloc l'ancien collègue contacté par L'Express. De son point de vue, "l'ambition n'est pas un gros mot, pour arriver à avoir des gros dossiers médiatiques quand on est un jeune avocat, il faut être ambitieux, avoir de la volonté". "Il a toujours su où il allait, il s'est donné les moyens de ses ambitions", abonde Nicolas Pottier.
Spécialisé dans le droit pénal des affaires et la pratique internationale, Antoine Vey a su ainsi diversifier ses activités et a "développé une expertise en droit du sport, intervenant pour le compte de plusieurs clubs, sponsors, agents et joueurs", précise sa fiche sur le site du cabinet.
Devant lui, c'est "un challenge formidable" qui s'annonce. "Il a un défi majeur à relever car un cabinet est souvent porté par une ou deux personnes, quand une s'en va il faut assurer une plus grande charge de travail et une masse de dossiers gigantesque", prévient son ancien collègue. Mais il a confiance en Antoine Vey et son équipe pour relever le défi. Nous "connaissons les dossiers dans lesquels devaient plaider Eric. Nous plaiderons, ce n'est pas un souci. Il faut simplement ajuster les agendas", assure ainsi l'avocat pénaliste au Parisien.
