Le 16 octobre, quand il apprend, en fin de journée, la nouvelle de la décapitation d'un professeur de Conflans-Sainte-Honorine par un terroriste islamiste, Emmanuel Macron décide de rejoindre les lieux de l'attentat, en banlieue parisienne. Le ministre de l'Intérieur est à bord d'un avion qui s'en revient du Maroc. Le président se rend donc dans les Yvelines accompagné du ministre de l'Education nationale, Jean-Michel Blanquer, et de la ministre déléguée chargée de la citoyenneté, Marlène Schiappa. "C'est le même département que les Mureaux, où j'ai fait mon discours sur le séparatisme il y a à peine deux semaines", leur fait-il remarquer. L'Histoire sait parfois se montrer insistante.

Un établissement "sans histoires" ?

Sur place, l'aréopage s'attarde à quelques mètres du corps séparé en deux. La jeune policière arrivée la première sur les lieux ne parvient pas à endiguer ses pleurs. La principale du collège du Bois-d'Aulne est là aussi. "Nous étions pourtant un établissement sans histoires", dit-elle aux visiteurs. "Sans histoires". Alors que la principale leur narre les jours qui ont précédé l'assassinat et, notamment, le rendez-vous avec le parent d'élève accompagné d'un religieux, ses interlocuteurs ne peuvent s'empêcher de se demander : "Est-ce donc cela que l'on nomme, aujourd'hui, un établissement 'sans histoires' ?"

Ce qui s'est passé le 16 octobre à Conflans-Sainte-Honorine oblige l'institution et la nation tout entière. Les questions sont nombreuses auxquelles il faut répondre. Comment en est-on arrivé-là ? Tout le monde a-t-il joué son rôle ? Comment faire pour que cela ne se reproduise pas ? Le 3 décembre dernier, l'Inspection générale a remis un rapport qui laisse encore trop de zones d'ombre, comme le montre notre enquête.

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Malgré la tentative des uns de se couvrir et la volonté des autres de refermer au plus vite les plaies, il nous faut tirer toutes les leçons de cet attentat. Non pour obtenir coûte que coûte des coupables à fustiger. Mais parce que la liste des dysfonctionnements, des lâchetés, des indulgences, des fatigues, des trahisons et des renoncements qui ont enfermé Samuel Paty dans une immense solitude dessine les contours d'un problème endémique qui affaiblit notre école et notre société.

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Coincés entre les assauts d'un islamisme qui prétend chaque jour un peu plus faire prévaloir ses normes jusque dans les salles de classe, le primat écrasant donné aux revendications de parents d'élèves interventionnistes et ombrageux, le "pas de vague" encore trop souvent en vigueur dans l'administration et les collègues eux-mêmes qui, parfois, se détournent, de nombreux professeurs se retrouvent dans une solitude symptôme de faiblesses collectives. Notre esprit laïque et républicain s'est accommodé de trop d'accrocs, dans des lieux que l'on nomme "sans histoires". Au reste, nous sommes tout sauf une nation sans Histoire.