"Avant d'être égorgé, Samuel Paty a été abandonné par sa hiérarchie", dénonce l'enseignant Jean-Christophe Peton, dans un texte adressé à ses collègues et diffusé via la plateforme numérique de son lycée, le 14 octobre dernier. Huit jours plus tard, ce professeur, exerçant dans le Jura, est convoqué par sa hiérarchie, puis suspendu à titre conservatoire dans l'attente d'un conseil de discipline. Son tort ? "Avoir utilisé un outil professionnel à des fins de diffusion de propos personnels", avance-t-on du côté du rectorat.

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La révélation de cette affaire a suscité une vive émotion dans le monde éducatif. Sur les réseaux sociaux, les témoignages de soutien ont déferlé sous le hashtag #TousSuspendus. Les soutiens de ce professeur y évoquent, à leur tour, les non-dits du rapport de l'Inspection générale de l'Education nationale. "Tant au niveau de l'établissement qu'aux niveaux départemental et académique, les dispositions ont été prises avec réactivité pour gérer le trouble initialement suscité par le cours sur la liberté d'expression de Samuel Paty", avait conclu l'enquête deux mois après l'attentat. Mais plusieurs voix ont, depuis, mis à mal ce récit officiel.

Les révélations de la presse, tout comme le livre de David di Nota, J'ai exécuté un chien de l'enfer. Rapport sur l'assassinat de Samuel Paty, ont notamment pointé du doigt une série de dysfonctionnements au sein de l'Administration : l'audience accordée à celui qui s'était présenté comme étant le "représentant des imams de France" ; la désolidarisation de certains collègues de l'enseignant pris dans la tourmente ; l'attitude du référent laïcité qui a reproché à Samuel Paty d'avoir "froissé" les élèves...

Autant de faits sur lesquels Jean-Michel Blanquer, malgré sa volonté affichée depuis son arrivée d'"arrêter de mettre la poussière sous le tapis", refuse aujourd'hui de s'attarder. La suspension de ce professeur jurassien - finalement réhabilité par son rectorat après le tollé suscité - n'est que le symptôme d'un malaise plus grand. Celui d'une profession consciente de l'importance de comprendre pourquoi et comment cette succession d'événements a pu aboutir à un tel drame. Une étape indispensable pour tenter d'en tirer, enfin, les leçons.