En un peu plus d'une semaine, à force de s'ériger en voix officielle des femmes, de toutes les femmes, de juger et condamner sans appel au nom des violences sexistes et sexuelles, à force de considérer tout débat contradictoire comme problématique pour la cause, à force d'insultes et d'excès, les néo-féministes sont apparues pour ce qu'elles sont : des politiques, des journalistes, des influenceuses qui jouent des coudes pour prendre le pouvoir en instrumentalisant une juste cause au service de leur propre calendrier.
L'affaire Julien Bayou fut la goutte de trop. "Affaire" est d'ailleurs un bien grand mot : nous ne savons pour ainsi dire rien de ce qui lui est reproché, sauf qu'il serait un coureur de jupons incapable de se fixer dans un couple, ce qui n'est non seulement pas un crime, mais un classique relationnel. D'ailleurs, même la juge Rousseau s'accorde pour dire que ce qui lui est reproché n'est pas "pénalement répréhensible". Mais. Il aurait fragilisé son ex au point de la pousser au suicide.
D'après l'enquête de Libé, très vite considérée comme "problématique", par la juge Rousseau (ce qui devrait nous donner une idée de la société totalitaire qu'elle appelle de ses voeux où toutes les enquêtes contradictoires seraient censurées pour ne pas nuire à LA cause), des justicières autoproclamées se seraient regroupées pour tenir Julien Bayou à l'oeil, en contactant ses ex-, en menaçant son entourage féminin dans le but de lui tomber dessus au moindre dérapage. Ce qui surprend à la lecture de l'enquête est le ton, le vocabulaire des courriels échangés par les justicières de la romance toxique, dignes des échanges de collégiennes. Cette plongée dans la cour de récréation renvoie à la grande entreprise des néo-féministes : infantiliser les femmes pour mieux les dominer.
Les néo-féministes reprennent le paternalisme du passé
La fragilité des femmes, physique et psychique, a justifié, durant des siècles, leur mise à l'écart de la sphère publique. Elles ne savent pas maitriser leurs nerfs, elles n'ont pas le sens des responsabilités, elles ne sont que futilités. "La femme est un animal à cheveux longs et à idées courtes" écrivait Schopenhauer, et il me semble que la croisade des justicières vertueuses reprend cette idée. La femme doit être protégée, dans l'espace public, dans son lit, dans ses histoires d'amour, car elle serait incapable de se défendre seule. Sous emprise, elle n'a pas conscience de la brutalité dont elle est l'objet, maltraitée durant des siècles elle ne sait rien de son oppression systémique. Étrange féminisme qui veut renvoyer les femmes à leur état de nature, tout en considérant que tout est construction sociale. Les néo-féministes reprennent le vocabulaire et l'attitude paternaliste du passé en se posant comme les indispensables protectrices des femmes.
D'ailleurs, il est impossible de débattre avec elles, non seulement "elles savent, elles", mais à chaque contre-point, elles répètent ce qui est devenu une litanie hypnotisante : "les femmes meurent chaque jour, les femmes sont tuées chaque jour par des hommes, les violences sexuelles et sexistes permettent au système de fonctionner, aux hommes de se maintenir au pouvoir". Ce qui rend la réfutation encore plus impossible est la lâcheté érigée en vertu, lorsque journalistes et contradicteurs, s'abaissent à répéter la litanie avant un timide "mais". Car, non les hommes ne tuent pas les femmes. Des hommes tuent des femmes. Ce sont des femmes décédées de trop, mais ce ne sont pas toutes les femmes, tous les jours, tout le temps. Qu'Elisabeth Badinter ait pointé les contradictions, les limites, les dangers de ce néo-féminisme et voilà la juge Rousseau prête à "l'incendier". A "l'incendier". Je vous laisse méditer sur la profondeur et la violence de la réponse rousseauiste à l'armada intellectuelle de Mme Badinter, et vous aurez une idée de la différence abyssale entre le féminisme et le néo-féminisme.
Les femmes nées en Iran ne sont pas dupes
Les femmes iraniennes ont sauvé l'honneur de toutes les femmes en huant la juge Rousseau et ses camarades. Elles ne sont pas dupes les femmes nées en Iran, elles ne sont pas ensorcelées par l'ennui de l'égalité, elles ne se fantasment pas en danger de mort confortablement installées en Occident.
Ce ne sont pas des femmes qu'elles ont huées en tant que femmes. Ce sont des idées mortifères, des idées qui ont imposé le voile aux femmes qu'elles ont brutalement rejeté. Parce qu'elles savent ce qu'est le patriarcat au pouvoir, parce qu'elles n'ont pas davantage peur des barbus que des corbeaux, parce que Sandrine Rousseau dit n'importe quoi. Il serait temps d'arrêter de craindre les foudres du nouveau patriarcat à visage féminin.
