Le sexe est partout sur les écrans se plaît-on à nous rabâcher. Et c'est vrai que ces derniers temps, nous avons été gâtés, y compris au JT, avec l'affaire du Carlton de Lille, ses dessous sordides et ses moeurs un peu "rudes", et avec le film 50 nuances de Grey, dont la sortie n'a pas manqué de faire la une. En cette période de Saint-Valentin, je m'apprêtais l'autre soir à regarder sagement un reportage sur la culture et le commerce des roses, et me voilà en prime time au milieu des cravaches, des lanières et du cuir, sans qu'il soit pour autant question de sports équestres! Je n'y avais déjà pas échappé sur la 2 dans un Soir à la Tour Eiffel, en partie consacré à 50 nuances de Grey, succès planétaire dans sa version papier et bien parti pour en faire autant à l'écran.

Pourquoi une telle popularité du SM, pouvait-on entendre les journalistes s'interroger. Comment une pratique jusqu'ici réservée à une minorité d'initiés peut-elle trouver un tel écho dans le grand public, et en particulier auprès des femmes? Plusieurs réponses étaient proposées par les interlocuteurs des diverses émissions. De toutes façons, le sexe et le porno sont partout actuellement, c'est devenu banal, alors on éprouve le besoin de faire un pas de plus dans la transgression et c'est le SM. L'homme est un être avant tout sexuel, rappelle une psychanalyste, c'est un être de fantasmes et la violence en fait partie, qu'elle soit agie ou subie. La femme a une longue tradition de soumission; aujourd'hui, alors qu'elle s'est émancipée, ce besoin d'être "prise" refait surface dans ses envies les plus profondes. Pourquoi les femmes n'auraient pas droit d'avoir ce genre de fantasmes, ce n'est pas réservé aux hommes, affirme une participante à ces Tupperware parties d'un nouveau genre, où les contenants alimentaires ont laissé place à des sex-toys et à de la lingerie, avec une explosion des ventes liée à la mode SM.

"Aucune femme n'accepterait d'être traitée de la sorte"

Mais où sont les féministes, me demandais-je un peu interloquée. Ai-je bien compris l'idée selon laquelle la marque de l'émancipation ultime des femmes serait qu'elles revendiquent le droit d'être soumises, d'être molestées, du moment que c'est un choix librement consenti? Ou alors, dois-je imaginer que c'est l'homme dont la sexualité épanouie ne peut se trouver que dans l'humiliation, coaché par une dominatrice sans merci, qui après avoir porté la culotte, arbore aujourd'hui fièrement la cravache?

Suis-je devenue tout à coup terriblement ringarde et conservatrice de ne pas avoir envie d'un monde où la "norme" sexuelle se fait sous la tyrannie du SM, et où on ne parle que de sexe en oubliant la relation entre les personnes? Heureusement, les actrices porno sont là pour voler à mon secours. L'une d'elles affirme qu'il est important d'apprendre à tous que les films X sont des fictions, que ça ne se passe pas comme ça dans la vraie vie, où aucune femme n'accepterait d'être traitée de la sorte. Et Brigitte Lahaie d'être catégorique: le plus important, ce n'est pas le sexe, c'est l'amour!

Le masochisme n'est pas inné chez l'homme

En écoutant tout cela, je ne peux m'empêcher de penser au mal qui a été fait par certaines théories de l'homme et de sa personnalité. Non, l'homme n'est pas un être de sexe dès sa naissance. Non, tous les petits garçons ne souhaitent pas tuer leur père pour pouvoir avoir des rapports sexuels avec leur mère, et inversement pour les filles. Non, la violence n'est pas innée chez l'homme, pas plus que le masochisme. Ce que montrent les études scientifiques rigoureuses, c'est que l'instinct avec lequel on vient au monde est celui d'attachement, le besoin d'aimer et d'être aimé, dans l'écoute et le respect, en dehors de toute violence.

Avec la maturité, la sexualité vient s'ajouter au lien à autrui, mais si elle prend l'ascendant, c'est que quelque chose ne s'est pas bien passé, avant. Ce n'est pas parce que nombreuses sont les personnes à ne pas avoir reçu l'amour et l'attention qu'elles méritaient, enfant, que leur monde interne doit s'ériger en norme et que doivent être ridiculisés tous ceux qui ne voient pas les choses ainsi. L'instinct d'attachement est bel et bien alors totalement "oublié" dans cette affaire. Et il ne s'agit pas tant de se positionner pour ou contre une sexualité décomplexée que de comprendre l'impact d'un tel "oubli" sur notre santé psychique, physique et sur la société en général.