Faisant preuve d'une parfaite maîtrise de la communication, l'Agence spatiale américaine (Nasa) a annoncé qu'à partir du 8 avril, dans le cadre de la mission Mars2020, elle tentera de faire voler son drone Ingenuity sur Mars. Il deviendrait ainsi le premier hélicoptère à évoluer sur un corps céleste autre que la Terre. Voilà pour l'exploit ! Ce qui ne sera pas une mince affaire : l'atmosphère martienne étant 100 fois plus ténue que la nôtre, la portance de l'appareil a viré au casse-tête. Ce dernier (moins de 2 kilogrammes) a donc été pourvu de quatre pales de 1,2 mètre qui doivent tourner entre 1 400 et 2 800 tours par minute, c'est-à-dire huit à dix fois plus vite que pour un hélicoptère classique.
Autre difficulté, étant donné la distance qui nous sépare de la planète rouge (205 millions de kilomètres en moyenne), toutes les opérations se feront de manière automatique. Depuis qu'il a été libéré par le rover Perseverance, Ingenuity a dû patienter six jours avant de recharger toutes ses batteries. Pour un objectif modeste : effectuer jusqu'à cinq vols de 90 secondes chacun à une altitude comprise entre... 3 et 10 mètres ; pendant ses trente jours martiens de vie, le "Marscopter" offrira, grâce à ses deux caméras, une superbe photo panoramique.
Au-delà de la prouesse technologique, la Nasa souhaite ouvrir une ère nouvelle dans l'exploration robotique des autres planètes du Système solaire. Les drones, compagnons complémentaires des rovers, pourront les aider pour tracer un chemin, se rendre dans des zones difficiles d'accès, voire déployer des instruments sur de longues distances. Il ne s'agit donc pas d'un gadget. Et déjà, les Américains anticipent : avec le projet Dragonfly (libellule), ils espèrent, dès 2026, envoyer en direction de Titan un autre aérogire (deux mètres d'envergure) pour explorer son atmosphère et sa surface. Titan, la plus grosse lune de saturne, fascine les astrophysiciens depuis que sa chimie complexe a été révélée par la mission Cassini-Huygens et qu'un petit atterrisseur a touché son sol (en 2005).
Mais cette fois-ci, et toujours à cause des distances sidérales - Saturne se situe en moyenne à 1,4 milliard de kilomètres de notre étoile - l'engin volant ne pourra pas profiter des rayons solaires pour assurer sa propulsion. Dragonfly disposera donc d'un générateur thermoélectrique à radioisotope (RTG), similaire à ceux embarqués sur les rovers Curiosity et Perseverance. Son arrivée est prévue en 2034, pour une exploration de 31 mois qui lui permettra de parcourir 175 kilomètres. Les drones gagneront alors un statut définitif de "conquérant" de l'espace.
