Les symptômes persistants après une infection au Covid-19 - épuisement, maux de tête, douleurs musculaires, déprime, etc. -, appelés "Covid long", ou "syndrome post-Covid", sont encore mal compris. Aucun traitement spécifique (qui permettrait de soigner les symptômes) n'est encore disponible. En attendant mieux, les médecins proposent des traitements symptomatiques (qui agissent sur les symptômes). Mais une chose est sûre, le "Covid long" est un problème de santé publique.
"Les données épidémiologiques restent très variables selon les sources, mais si l'on reprend la définition de l'Organisation mondiale de la santé - des symptômes prolongés au-delà de trois mois après l'infection -, 10 % des personnes contaminées seraient concernées", explique Dominique Le Guludec, présidente de la Haute Autorité de santé. Soit, à terme, près de 2 millions de Français... Selon la Direction générale de la santé (DGS), les patients seraient déjà 1 million, "dont 100 000 nécessiteraient une prise en charge dans des structures dédiées".
La vaccination réduirait le risque de développer des symptômes persistants
Une bonne nouvelle émerge néanmoins : les vaccins semblent efficaces contre le Covid long. D'abord parce qu'ils permettent de réduire le risque d'être contaminé et surtout parce qu'ils diminuent la gravité de la maladie. "Or la sévérité des symptômes lors de l'infection est un facteur de risque du 'Covid long'", explique le Dr. Olivier Robineau, spécialiste des maladies infectieuses au Centre Hospitalier de Tourcoing, qui héberge un service "Covid long". De son côté, la Direction générale de la santé, interrogée par L'Express estime que "la vaccination diminue de 50% le risque de présenter des signes persistants".
Une étude préliminaire (dont les résultats n'ont pas encore vérifié par des pairs), publiée par des chercheurs israéliens le 17 janvier dernier, démontre d'ailleurs que les personnes vaccinées (avec Pfizer-BioNTech) et infectées par le Sars-CoV-2 rapportent beaucoup moins de symptômes persistants que celles qui ont été infectées sans être vaccinées. Les chercheurs ont demandé à plus de 3 388 personnes - toutes testées positives au Covid-19 entre mars 2020 et novembre 2021 - si elles souffraient de symptômes les plus courants du Covid Long plusieurs semaines après une infection. Ils ont constaté que les personnes ayant reçu deux doses étaient 54% moins susceptibles de déclarer des maux de tête, 64% moins susceptibles de déclarer de la fatigue et 68% moins susceptibles de déclarer des douleurs musculaires que les non vaccinées.
Si cette pré-étude doit encore être validée, elle figure parmi les plus complètes et les plus précises à ce jour. Elle confirme aussi les résultats d'une étude britannique, publiée le 1er septembre 2021 dans The Lancet, qui indique que la vaccination réduirait de moitié le risque de développer des symptômes persistants. "Il est positif de constater que des d'études différentes parviennent aux mêmes résultats", indique auprès de Nature le docteur Claire Steves, maître de conférences au King's College de Londres, qui a dirigé ces travaux.
Le vaccin comme traitement contre le Covid-19 ?
Les chercheurs tentent aussi de savoir si les vaccins pourraient servir de "traitement" contre les symptômes post-Covid afin de soigner, voire réduire les symptômes. "Les données manquent, mais nous constations que certains patients souffrant de "Covid Long" peuvent voir leurs signes disparaître après la vaccination, d'autres chez qui ils persistent et d'autres encore pour qui les symptômes sont exacerbés", nous indique Olivier Schwartz, à la tête de l'unité Virus et Immunité de l'Institut Pasteur.
Dans une étude prépubliée dans The Lancet le 29 septembre 2020, des chercheurs français et américains suggèrent par exemple que la vaccination a diminué l'intensité et amélioré la vie de patients présentant des symptômes persistants. Dans ces travaux, les scientifiques ont étudié 910 patients "Covid Long", 455 ayant reçu une unique dose de vaccin et 455 non vaccinés. Les résultats indiquent qu'au bout de 3 mois, 16,6 % des patients du groupe vacciné signalent une rémission de tous les symptômes du COVID long, contre 7,5 % dans le groupe témoin. "La vaccination entraîne une amélioration des symptômes chez les patients atteints d'un Covid Long. Ces résultats soutiennent l'hypothèse selon laquelle, pour au moins certains patients, les symptômes persistants pourraient s'expliquer par un réservoir viral persistant et/ou par des fragments de virus circulants", indiquent les auteurs de l'étude.
Bien sûr, il faut souligner que cette étude n'a pas été encore publiée, et doit donc être prise avec prudence. "Les supputations immunologiques me semblent hasardeuses tant que nous n'avons pas d'explications convaincantes des mécanismes physiopathologiques [NDLR : les mécanismes qui expliqueraient comment le Covid-19 peut provoquer des symptômes persistants], pointe de son côté Xavier de Lamballerie, professeur de médecine, spécialiste de virologie médicale à l'Assistance publique-Hôpitaux de Marseille. Nous pouvons spéculer à l'infini, mais pour l'instant le but de la vaccination est d'éviter une nouvelle infection ou du moins une forme sévère, pas de soigner le Covid long, et il n'y a pas de données robustes suggérant le contraire".
Une analyse partagée par Mathieu Molimard, chef du service pharmacologie médicale au CHU de Bordeaux : "Nous savons que la vaccination permet de protéger en partie de l'infection du Covid et diminue les formes graves, donc c'est asses logique qu'elle permette de diminuer la survenue de Covid long, mais est ce qu'une injection permet de soigner les symptômes chez les personnes atteintes ? A ce stade, nous n'en savons rien. D'autant que dans ce qu'on appelle "Covid long", il y a une association de symptômes qui ne sont pas forcément en lien avec les autres, les mécanismes les expliquant ne sont pas forcément les mêmes, et les traitements seront peut-être différents".
Le vaccin responsable de Covid long ?
Une autre question agite une partie de la communauté scientifique, celle de la possibilité que les vaccins puissent, en de très rares occasions (probablement moins d'un cas sur 100 000), provoquer des "Covid longs". La revue Science aborde prudemment le sujet dans un long article citant le cas d'une poignée de personnes jamais infectées par le Covid-19, mais se plaignant de problèmes de santé persistant après avoir été vaccinées. Des chercheurs du National Institutes of Health (NIH, Etats-Unis) ont mené l'enquête en janvier 2021, mais leur étude, qui repose sur nombre réduit de patients, n'a pas prouvé de lien entre la vaccination et la survenue d'un Covid long.
D'autres études précliniques et sur des souris suggèrent que les anticorps ciblant la protéine Spike du Sars-CoV-2, la même protéine que celle utilisée par les vaccins afin de déclencher une réponse immunitaire protectrice, pourraient causer des dommages collatéraux. "Des chercheurs ont étudié des anticorps monoclonaux qui apparaissent quand est infecté ou vacciné et qui semblent avoir un tropisme pour des tissus de l'hippocampe [NDLR : dans le cerveau]. Ils pourraient attaquer ces tissus sains, ce qui suggère un potentiel effet auto-immun, qui pourrait être relié à certains symptômes persistants", souligne Hervé Fleury, virologue et professeur émérite au CNRS et à l'université de Bordeaux.
Le spécialiste, fervent partisan de la vaccination, estime que ces recherches préliminaires appellent à la prudence concernant la multiplication des injections de vaccins dans le but de contrer les nouveaux variants. "Les résultats ne sont pas inquiétants, mais il faut les prendre en considération et ne pas exclure le risque de mécanismes de sur stimulation du système immunitaire qui pourraient favoriser l'apparition de ces potentiels phénomènes d'auto-immunité", prévient-il.
Si cette piste reste explorée par les scientifiques, ces derniers savent qu'ils marchent sur des oeufs. L'étude des effets secondaires des vaccins est importante, mais elle peut aussi alimenter des craintes - et les délires antivax - alors qu'ils sont sûrs, efficaces et permettent de sauver des vies. Surtout, même si les vaccins induiraient des symptômes persistants, ils seraient extrêmement rares, alors que, dans le même temps, 10% des personnes contaminées par le Sars-CoV-2 semblent atteintes plus de trois mois après l'infection. "Un vaccin peut provoquer des effets secondaires qui, jusqu'à preuve du contraire, ne sont jamais différents des effets négatifs liés à l'infection, sauf que les effets secondaires des vaccins sont toujours moins fréquents, moins graves et moins durables que ceux de la maladie", rappelle Mathieu Molimard.
