C'est le marqueur du plus ancien conflit connu : le cimetière de Jebel Sahaba, dans la vallée du Nil et l'actuel Soudan, avec des restes de plus de 13 000 ans. Le site a été découvert dans les années 1960. Et il continue de livrer de précieux renseignements. Des chercheurs du CNRS (Centre national de la recherche scientifique) ont mené de nouvelles analyses sur les ossements, conservés au British Museum, à Londres, et leur étude a été publiée jeudi dans Scientific Reports.

Les ossements indiquent la présence de lésions, qui ont notamment été causées par des projectiles, comme des lances ou des flèches. Pour les chercheurs, il ne s'agit pas d'un simple conflit armé. Ils parlent d'une "succession d'épisodes violents", certainement exacerbés par des changements climatiques. La compétition pour l'accès aux ressources serait en effet au coeur de ces épisodes violents, ce qui modifie l'histoire de la violence à la Préhistoire.

Variations climatiques majeures

Au total, les ossements de 61 individus ont été analysés. En plus des 20 squelettes identifiés, 21 autres squelettes présentent des lésions : des traces d'impacts de projectiles ou des fractures. Et 16 individus ont à la fois des lésions cicatrisées et d'autres non cicatrisées, "ce qui suggère des épisodes de violence répétés à l'échelle de la vie d'une personne". De plus, hommes, femmes et enfants présentent des blessures similaires - alors qu'on aurait pu s'attendre à ce que les hommes soient plus visés en temps de guerre.

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"Ces nouveaux résultats permettent de rejeter l'hypothèse d'un cimetière de catastrophe lié à une guerre unique. Ce site témoignerait plutôt d'une succession de raids ou d'embuscades plus limités envers ces chasseurs-pêcheurs-cueilleurs, à une époque de variations climatiques majeures (fin de la dernière période glaciaire et début de la période humide africaine)", peut-on lire sur le site du CNRS.

"La concentration de sites archéologiques de cultures différentes dans une zone restreinte de la vallée du Nil à cette époque suggère que cette région devait constituer une zone refuge pour les populations humaines soumises à ces fluctuations climatiques", est-il précisé.

Compétition pour l'accès aux ressources

"La région était très contrainte, et offrait peu d'autres ressources alimentaires que celles qui venaient du Nil", explique Isabelle Crevecoeur, chercheuse en bio-archéologie à l'Université de Bordeaux et au CNRS, ayant pris part à l'étude, dans Le Parisien. "Le climat connaissait des changements erratiques il y a environ 15 000 ans. La présence de plusieurs groupes humains dans une zone réduite, et la nécessité de s'adapter face à des ressources limitées a pu générer des tensions."

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Ainsi, l'une des causes de ce conflit est probablement la compétition pour l'accès aux ressources. Pour les chercheurs, cette conclusion modifie l'histoire de la violence, et pourrait conduire à des résultats similaires dans l'analyse d'autres sites. Mais malgré ces éléments, toutes les motivations ne sont pas encore parfaitement connues.