Le bouton "off" ne leur suffisait pas. Alors, pour éviter d'être écoutés à la dérobée par leur enceinte connectée, deux professeurs d'informatique américains ont mis au point... un bracelet brouilleur ! L'objet, un peu grossier, ne brille pas par son design. Il se révèle en revanche diablement efficace. Une fois activé, l'appareil émet un signal omnidirectionnel et silencieux rendant inefficaces tous les micros alentour. Les deux scientifiques - qui estiment le prix de leur joujou à 20 dollars pièce - se disent déjà prêts à le commercialiser avec l'aide d'un fabricant.
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Assiste-t-on là à la naissance d'un tout nouveau marché ? "Avec la multiplication des haut-parleurs intelligents dans les foyers, ce genre d'appareil pourrait bien se multiplier", confirme Daniel Dubois, chercheur au Khoury College of Computer Science, à Boston.
Il faut dire que les technologies permettant de piloter nos assistants par la voix laissent un peu à désirer. Une étude récente le prouve : laissées au contact de téléviseurs diffusant des séries en continu pendant cent vingt-cinq heures, les enceintes connectées enchaînent les bugs. Elles s'allument par erreur entre 1,5 et 19 fois par jour, croyant détecter des -mots-clefs comme "OK Google", "Siri", "Cortana" ou encore "Alexa". Parfois, leur activation dure plus de cinq secondes, laissant la possibilité d'enregistrer des phrases entières et de les envoyer ensuite dans le cloud pour analyse.
Limiter l'accès à l'enceinte à un utilisateur spécifique
Trouver la parade ne sera pas facile. "Dans l'idéal, il faudrait inventer un système de reconnaissance vocale parfait, explique Daniel Dubois. Mais cela voudrait dire que l'on prend en compte toutes les voix, tous les accents et tous les bruits de fond possibles. Une gageure."
Conscients du problème, les fabricants permettent à certains appareils d'apprendre à reconnaître un utilisateur spécifique. Un début de réponse. Une autre piste consiste à retravailler les mots-clefs que les enceintes reconnaissent pour en trouver de plus efficaces. Mais les fabricants ne semblent pas s'engouffrer dans cette voie pour le moment.
Le régulateur a aussi son rôle à jouer, en précisant les règles de confidentialité appliquées aux assistants vocaux intelligents. "Ces derniers ne devraient pas être autorisés à enregistrer une conversation entre plusieurs personnes, même si l'une d'entre elles - le propriétaire de l'appareil par exemple - a donné son accord", estime Daniel Dubois.
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La surveillance n'a pas lieu que dans notre salon
Conclusion ? Comme les fabricants n'ont pas de solution unique, parfaitement efficace et facile à mettre en place, cela laisse le champ libre au développement d'objets physiques destinés à préserver notre intimité. "Bien sûr, le meilleur moyen d'éviter la surveillance est de ne pas acheter d'enceinte connectée, glisse un hacker. D'autant que ces appareils restent de vraies passoires du point de vue de la sécurité."
Mais, dans le monde qui est le nôtre, la surveillance s'étend bien au-delà du salon. Résultat, il existe aussi des lunettes destinées à tromper les systèmes de reconnaissance faciale. Disponible en pré-commande sur Internet, le modèle Phantom de la marque Reflectacles renvoie les rayons infrarouges émis par les caméras installées dans la rue ou par les smartphones espions, floutant ainsi le visage de la -personne qui les porte. Aussi futuriste qu'effrayant.
